mercredi 21 octobre 2009

Explosion des prix sur le marchés spots -suite-

Dans mon billet d'hier, j'évoquais la flambée spectaculaire des prix spots de l'électricité à 3000 €/MWh (sachant qu'un client au tarif paie environ 35 €/MWh au titre de la production). J'ai pu me renseigner plus avant sur ce phénomène.

En premier lieu, pour la première foi de son histoire (soit depuis 2001), Powernext n'a pas pu réaliser l'équilibre de l'offre et de la demande sur le marché spot : le prix de 3000 €/MWh ne résulte donc pas d'un mécanisme de marché mais correspond au prix maximal retenu en ce cas par Powernext. Ce prix est donc totalement arbitraire, ce qui est un peu troublant quand on mesure les conséquences de ce choix pour les différents intervenants sur les marchés (les transferts entre acteurs se mesurant en dizaines de millions d'euros pour quelques heures).

En second lieu, du fait apparemment d'interventions (de "nominations") tardives de la part des opérateurs suisses, il semble que Powernext n'ait pas pu faire une "request for quotes" ("RFQ") qui aurait permis de solliciter à nouveau les producteurs (et les fournisseurs) pour chercher à équilibrer le marché. Lors d'une investigation sur les pics de prix à l'automne 2007, la gestion de la RFQ avait déjà été jugée insatisfaisante par la CRE, ici la RFQ était tout bonnement absente.

En troisième lieu, cette situation ne s'explique pas complètement par les fondamentaux du marché puisque de la capacité était disponible en France pour satisfaire la demande (compte-tenu des capacités d'importations disponibles).

Ainsi, sur le quatre heures critiques :
  • la production nucléaire était de 42,2 GW alors que 44,0 GW étaient déclarés disponibles ;
  • la production fioul était de 0,9 GW alors que 3,9 GW étaient déclarés disponibles ;
  • la production hydraulique était de 8,9 GW alors que 11,0 GW d'hydraulique de lac et 8,6 GW d'hydraulique "fil et éclusée" (il est vrai pas nécessairement mobilisables) étaient déclarés disponibles.

Ainsi cette affaire s'explique sans doute par la concomitance d'évènements malencontreux :
  • une période tendue du fait de la mauvaise disponibilité du nucléaire, période froide alors que les capacités contractuelles d'effacement sont réduites (la plupart commencent au 1er novembre), absence de la production en cogénération etc ;
  • une mauvaise coordination des marchés européens et des procédures trop serrées pour permettre de corriger cette situation (pas de RFQ en particulier) ;
  • et puis l'affaire est arrivée un lundi, ce qui veut dire que les équipes de permanence à même de traiter ce problème (le dimanche) étaient réduites.
On ne peut cependant exclure que le comportement "stratégique" de certains acteurs ait contribué à cette crise. Des producteurs et des traders ont pu ainsi garder par devers eux des capacités dans l'espérance de pouvoir les écouler à meilleur prix sur les marchés d'ajustement ou à l'occasion d'un éventuel RFQ.

Seule l'enquête approfondie que la CRE mènera probablement (avec l'appui d'autres entités de régulation) pourra nous permettre de trancher ces questions.

2 commentaires:

jo a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…

Bonjour!
Je m'appelle Pachi, je suis espagnol. Je travaille dans le secteur energetique à Madrid, mais je regarde prèsque un fois par semaine les prixes europeéns.
Alors, j'ai vu cette "explosion des prix" et j'ai beaucoup de curiosité pour connaitre les details.
J'ai cherché sûr l'internet, mais je n'ai rencontré rien. Pourrez vous m'e envoyer une petit explication a mon addresse electronique? (postos@iberdrola.es)
Je vous remerci en advance.
Et aussi, si vous aimes cette situations... regardez-vous le prix en allemange il-y-a 2 ou 3 semaines... la nuit entre une samedi et un dimanche, avec trop de vent... prix negatives :)

Merci une autre fois.

Pachi