mardi 19 janvier 2010

Des arbres pour Disparitus ?

Ceci est un billet d'humeur.

Ceux qui ont eu la curiosité de regarder le blog de mon ami Disparitus l'ont sans doute compris : son auteur a apparemment fait un long périple la semaine dernière jusqu'aux Indes (comme disait ma grand-mère) en passant par Dubai (où il aurait failli acheter une BMW en duty free).

Ce faisant, je vous laisse calculer quelle fut sa contribution aux émissions de CO2 ! Si on prend comme référence les donnnées de M. Jancovici, on peut estimer à plus de 8 tonnes de CO2 pour le trajet aller retour (bon, c'est très à la louche, je n'ai pas fait le calcul exact).

Alors, faut-il lui conseiller de planter des arbres pour "compenser" les émissions de son escapade. On sait en effet que les arbres stockent du carbone.

Est-ce une bonne idée ?

La plupart des gens vous diront que oui. Et pourtant, l'intérêt de la plantation des arbres est contesté car il s'agit de savoir à quoi ces plantations vont se subsituer.

Mais il y a plus important : en décidant de planter un arbre, même à un endroit adéquat, on se prive de la possibilité de planter un arbre pour diminuer ultérieurement les gaz à effet de serre au même endroit. Autrement dit, les zones où l'on peut planter des arbres pour "stocker" sont une ressource limitée : en puisant dans ce "coffre fort" d'économies de CO2, on n'améliore pas vraiment la situation.

D'une certaine manière, considérer que l'on peut "compenser" les émissions des gaz à effet de serre en "plantant un arbre", c'est un peu comme si on se disculpait d'un crime en sauvant une vie.

Sauver des vies, c'est bien. Mais le premier impératif est de ne pas tuer. Il en va de même pour le CO2 : le stocker c'est bien, mais le premier impératif est de ne pas en émettre.

Quant à moi, je pars jeudi en mission et ai choisi le TGV, même si c'est plus long (bon, j'admets que pour aller à Calcutta...) . Le même jour, la SNCF vient de décider de fermer nombre de ses lignes TGV, ce qui favorisera le transport aérien.

Les trains s'arrêtent, les avions décollent, et on marche sur la tête.

NB : par ailleurs l'intérêt du stockage par les arbres est contesté, c'est un autre sujet.

3 commentaires:

Disparitus a dit…

Mon bilan Carbon n'est pas Vraiment bon,
Carbon bonbon
L'ami 4E veut me parler,
Karaté,
....

Disparita a dit…

Et quel bilan établir, alors, des pérégrinations agricoles de Disparitus, qui dans un même mois, fait arracher son cerisier et replanter un mûrier stérile ?
En tout cas, on ne peut que te conseiller Dionysos, 4E, si un jour tu organises une soirée dansante !

Ivecome a dit…

Deux remarques (d'humeur pour profiter de l'opportunité de ce billet d'humeur):
- sur le fait de planter un arbre pour avoir le droit de prendre l'avion, si cela relève d'une idée saine de sensibiliser le grand public à une approche globale du bilan carbone, cela se traduit aussi par une forme d'indulgences telles qu'elles étaient proposées autrefois.

- sur la fermeture des lignes de tgv, ce n'est pas tant une décision de la sncf que l'illustration de l'approche schizophrénique que les pouvoirs publics (et dans une certaine mesure les citoyens) ont de leurs services publics. En effet, on a demandé à la SNCF de permettre les déplacements en France, y compris sur des liaisons faiblement empruntées. Certains élus locaux et nationaux ont même imposé des arrêts sur certains trajets, pour satisfaire leurs électeurs ou pour favoriser l'accessibilité de leur ville sachant que ces arrêts, s'ils ont une justification au sens du service public, n'en ont aucune au sens économique. Aujourd'hui, on demande à la SNCF d'être rentable sur toutes ses liaisons, mais dans le même temps on lui demande de conserver des liaisons déficitaires...

Dans le prolongement, on utilise régulièrement cette entreprise pour absorber des populations de salariés dont les emplois sont détruits (réorganisation d'entreprises publiques, reclassements d'entreprises privées qui ferment, etc.). Au delà du rôle social de la SNCF (qui est un autre débat), cela se traduit par des coûts supplémentaires sans contrepartie sur le chiffre d'affaires ou la rentabilité (au contraire pour ce dernier sujet).

Tout ça pour dire que les politiques (et les médias qui couvrent le sujet de la réorganisation du trafic TGV) ont beau jeu de taper sur la direction de la SNCF vu que cette dernière absorbe toutes leurs contraintes, même lorsqu'elles sont contradictoires.

Il manque une véritable approche globale qui mette en balance le service public, la rentabilité de ceux qui le fournissent et les moyens que l'on accepte d'affecter, approche qui devrait aussi intégrer le "développement durable" et donc la question de l'avion (ou pour le dire autrement, comment fournir un service de transports qui soit à la fois efficace économiquement, limité en nuisances écologiquement et pertinent pour les citoyens qui l'utilise).

Quel dommage que sur ce type de questions l'approche gouvernementale soit calquée sur les découpages ministériels et adminsitratifs au lieu de s'attacher à une approche "projet", globale, coordonnée et qui permette de mettre en balance l'ensemble des dimensions pour un arbitrage réellement efficace.