dimanche 31 janvier 2010

Coût du nucléaire et rapport Champsaur

A l'heure où M. Proglio s'apprête visiblement à demander des hausses importantes des tarifs de l'électricité, je me suis livré à quelques calculs simplistes pour savoir à quel prix l'électricité devait être vendue pour permettre à EDF de renouveler son parc actuellement en exploitation par des EPRs.

J'ai dû faire pour cela quelques hypothèses simples. Pour l'essentiel il s'agit :
- d'un remplacement MW par MW des tranches existantes à leur 40 ème anniversaire (durée de vie de 40 ans, dont on sait qu'elle devrait être prolongée) ; j'ai pris en compte le différentiel de disponibilité attendu (91% pour l'EPR contre 82% pour le parc en exploitation) ;
- d'un coût de l'EPR (de 1 600 MW) de 4,0 G€ (ce qui correspond au coût actuellement annoncé de Flamanville 3, qui prend cependant en compte les coûts de "tête de série", pour un montant cependant inconnu) ; j'ajoute 35% au titre des "intérêts intercalaires" ;
- un coût d'exploitation du parc en exploitation de 20,6 €/MWh (qui correspond au "rapport Prévot") ;
- une inflation de 2% et un taux nominal d'actualisation de 10%.

En faisant un calcul actualisé en 2010, on trouve ainsi que le coût de remplacement du parc existant serait de 54 G€. En supposant un ratio d'endettement de 50%, EDF aurait ainsi besoin de disposer de 27 G€ (en valeur 2010) pour assurer le financement du renouvellement de son parc nucléaire. En fait, EDF doit aussi rembourser sa "dette" afférente au parc existant, que j'estime, sur la base des comptes séparés publiés en 2004, à 10 G€ (cette estimation est sans doute très large). Il lui faut donc 37,0 G€ au total.

Ce chiffre est à comparer au revenu généré par la vente de l'énergie produite par le parc en exploitation. Pour cela, j'ai calculé le revenu après déduction de l'IS à 33% et versement des dividendes.

Pour que le prix permette le renouvellement du parc, il faut ainsi que les revenus actualisés générés par le parc en exploitation après IS et dividendes soient de 37 G€ (en valeur actualisée en 2010). Ceci correspond aux possibilités suivantes :
- 33,1 €/MWh pour un taux de distribution des dividendes de 25% ;
- 35,6 €/MWh pour un taux de distribution des dividendes de 50 % ;
- 43,2 €/MWh pour un taux de distribution des dividendes de 75%.

Comme on le voit, le prix demandé par EDF (46 €/MWh) semble correspondre à une politique de distribution très généreuse envers ses actionnaires.

Un taux de distribution de 25% serait plus raisonnable pour une entreprise qui est en phase d'investissement, mais il ne "justifierait" aucune hausse des tarifs...

En tout état de cause, l'approche retenue par le rapport Champsaur ne prend pas en compte le financement du "renouvellement du parc" (qui est supposé financé par les actionnaires, qui se rétribueront ensuite en vendant la production des centrales qui auront été construites). L'approche "Champsaur" devrait donc aboutir à des chiffres plus faibles.








4 commentaires:

Ivecome a dit…

2 petits points complémentaires qui ne remettent pas en cause vos calculs :
- le taux moyen de redistribution des dividendes observé sur les entreprises cotées est de l'ordre de 40% si ma mémoire est bonne (je ne sais pas ce qu'il est plus spécifiquement sur les utilities)

- 84% des dividendes versés iront directement à l'Etat

Anonyme a dit…

Bonjour,
Pouvez-vous me préciser la signification exacte de G euro?
10 puissance 6? 10puissance 9?

Merci d'avance?

4E a dit…

Ce sont des milliards d'euros (10 puissance 9).

champsaur a dit…

Tu as raison, il faut vraiment préserver le champsaur qui est une région magnifique