mardi 24 mars 2009

Prix du fioul domestique et cours du pétrole




J'ai réalisé le même graphique qu'hier mais avec les prix (hors toutes taxes) du fioul domestique. Le résultat est très comparable : les baisses comme les hausses du cours du pétrole se réflètent assez fidèlement dans les prix du fioul. Les prix ont même semble-t-il été "amortis" pendant l'été, période il est vrai d'assez faible demande sur le marché domestique.

lundi 23 mars 2009

Prix du Gazole et cours du pétrole


Juste un cours graphique qui compare les cours du pétrole (Brent daté, en € par baril) au prix du gasoil vendu en France (hors toutes taxes). Au vu de ce graphique, on ne constate aucune aberration particulière : les prix à la pompe suivent l'évolution du cours du pétrole sur les marchés internationaux, avec un léger retard (de quelques semaines) tant à la hausse qu'à la baisse.

vendredi 20 mars 2009

Confirmation : la baisse annoncée des prix du gaz est largement insuffisante

Dans un billet du 14 mars, j'avais montré que la baisse des prix du gaz devait être normalement de 20% et non, comme annoncé par le gouvernement, de 10% (voire moins). Dans un communiqué, le gouvernement vient d'annoncer que la baisse des prix serait exactement de 11,3%.
Or la Commission de Régulation de l'Energie avait publié le 11 mars dernier un communiqué précisant "la formule de calcul de l'évolution des coûts d'approvisionnement de GDF SUEZ". Les données d'indexation étant connues (voir tableau ci-dessous), il est parfaitement possible de calculer la baisse des prix résultant de la formule : après application d'une moyenne mobile sur 6 mois et décalage d'un mois, la baisse des prix d'appprovisionnement du gaz devrait ainsi être de 11,8 €/MWh.

Les prix actuels pour les clients "de type chauffage" étant de 49,6 €/MWh (voir le site du ministère), les prix devraient ainsi baisser de près de 24%. La baisse annoncée de 11,3%, de deux fois inférieure, semble donc très insuffisante.

jeudi 19 mars 2009

Graphique du jour


Plutôt qu'un long discours, je préfère ce soir joindre un petit graphique qui montre l'évolution respectives des cours d'Areva, d'EDF et de British Energy (opérateur nucléaire britannique racheté début 2009 par EDF).


EDF avait marqué son intérêt pour British Energy dès le printemps 2008 (d'autres opérateurs avaient fait de même et avaient ensuite renoncé) . Les actionnaires de British Energy dont en particulier l'état britannique ont donc pu vendre à un prix très intéressant, avec une prime, et surtout, sourtout, ils n'ont pas subi la baisse généralisée des cours sur la seconde partie de l'année car le prix avait été fixé sur la base des conditions antérieures.


Comme le montre ce graphique, British Energy vaut sans doute aujourd'hui moins de la moitié de son prix d'achat par EDF. Mais quand on n'aime, on ne compte pas.

mercredi 18 mars 2009

Décision de la Commission en Allemagne

La Commission européenne vient d'obtenir de RWE (électricien/gazier allemand) qu'il se sépare d'une partie de son réseau de transport de gaz en Allemagne (*).
La commission a obtenu ces engagements suite à une enquête lancée en mai 2006 auprès de 5 opérateurs gaziers. La Commission soupçonnait fortement RWE d'avoir abusé de sa position dominante (ce qui enfreint l'article 82 du traité européen) en refusant de donner un accès à son réseau et en cherchant à comprimer les marges de ses concurrents.
C'est le même genre d'enquête qui est en cours à EDF ou à Gaz de France (depuis mai 2008).

"Dawn Raids" chez EDF, épisode 2


Ca y est ! Les 35 inspecteurs de la Commission Européenne et de la DGCCRF ont apparemment quitté les locaux d'EDF. Après avoir pendant plusieurs jours saisi des dossiers, photocopié, posé des scellés, ils sont repartis vers Bruxelles, les camions pleins de documents. Nul ne sait trop ce qu'ils ont pu trouver dans leur opération, peut être eux-mêmes l'ignorent-ils encore. En revanche, il est clair que leur investigation d'envergure ne fait que commencer.

Alors que cherchaient-ils ? Selon toute vraisemblance, ils soupçonnent EDF d'avoir, pendant plusieurs années, manipulé les prix sur les marchés de gros. Même si peu de clients finaux paient directement à ces prix (le gouvernement ayant peu à peu mis en place des systèmes plus ou moins euro-compatibles pour faire échapper les clients finaux à ces prix fort élevés), ils ont cependant un rôle majeur pour les concurrents d'EDF et pour la compensation des pertes par les gestionnaires de réseau (voir un de mes commentaires précédents). Les prix de gros ont donc un rôle central dans l'ouverture des marchés.

Or la France produit 75% de son électricité à partir d'énergie nucléaire dont les coûts de production sont très bas, à l'inverse le nucléaire ne représente que 25% de la production Allemande (plus de 60% de la production en Allemagne provient du charbon). On devrait donc s'attendre à des prix plus bas en France qu'en Allemagne, ce qui n'est pas le cas comme l'illustre le graphique ci-dessus : les prix en France sont systématiquement plus élevés que les prix en Allemagne.

Les Français ont "choisi" d'avoir du nucléaire, ils en gardent les déchets mais connaissent des prix de gros plus élevés que les pays européens n'ayant pas fait le même choix. Pour l'instant ils n'en subissent que peu de conséquences directes (le seul effet sensible étant l'anémie des concurrents) et il n'y a guère que Bruxelles qui semble s'en inquiéter, de manière toutefois de plus en plus musclée et spectaculaire.

mardi 17 mars 2009

Total communique sur les énergies renouvelables

S'il y a une entreprise en France qui ne sait pas communiquer, c'est sans doute Total. Je viens d'entendre une "réclame" de Total à la radio : à l'en croire notre pétrolier national consacrerait des efforts considérables aux énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque...).
J'ai eu la curiosité de consulter le document de référence de Total, d'où il ressort que sur 11 700 milliards d'euros d'investissements en 2007 (voir page 45), seuls 54 ne concernent pas les activités pétrolières. Ca fait moins que 0,5% des investissements.
La page 33 du rapport donne plus de détails et montre qu'il n'y a eu que des investissements très minimes dans l'éolien (encore en cours de projets ou d'attente d'autorisation) et quelques dizaines de millions dans le photovoltaïque.
Et d'ailleurs la brochure que Total consacre aux énergies renouvelables sur son site institutionnel date d'octobre 2001 : on voit que l'intérêt relatif de Total pour les énergies renouvelables ne se renouvelle qu'avec parcimonie.

lundi 16 mars 2009

La politique énergétique dans le rapport Syrota

Je relisais récemment le résumé du rapport Syrota sur les perspectives énergétiques de la France à l'horizon 2020-2050. Rédigé en 2007, il est d'une surprenante actualité quand il énonce que :
« Et si les mesures nécessaires [en vue de répondre aux enjeux énergétiques] sont connues et expérimentées avec succès ou entreprises de façon volontariste ici ou là, les politiques de fond et de longue haleine nécessaires ont perdu de leur évidence, devant une opinion désabusée par des appels réitérés à des mobilisations pour prévenir des drames qui, quelques mois après, paraissaient des craintes chimériques. Il y a trente ans, les réserves de pétrole étaient estimées à trente ans de consommation. Aujourd’hui, elles sont évaluées à quarante ans environ… : seul le degré de certitude n’a pas changé. Il suffit de constater que le prix du baril n’a dépassé à nouveau, après les sommets du début des années 80, celui de 1973 que récemment, pour comprendre que mobiliser à nouveau en arguant du prix élevé ne conduira qu’à la succession de mesures choc d’effet limité dans le temps et de démobilisations durables à quoi l’on a fini par réduire, dans bien des cas, la politique énergétique. »
Or n'est-ce pas justement aujourd'hui, que les prix du pétrole sont bas, qu'il conviendrait de mettre en place certains instruments de politique énergétique : taxe carbone, TVA verte... qui seront si difficiles à mettre en place dans un contexte de prix élevés ?

samedi 14 mars 2009

Gaz : une baisse des prix très insuffisante


Suez Gaz de France a annoncé, le 5 mars, "des résultats en forte progression et des objectifs dépassés". Ces bons résultats s'expliquent en particulier par une baisse significative des prix du pétrole sur la seconde partie de l'année alors que les tarifs de vente pendant la période d'hiver ont été maintenus à un niveau élevé.
En effet, depuis la date de la dernière hausse des prix réglementés du gaz, en Août 2008, les cours du pétrole sur lesquels sont théoriquement indexés le gaz naturel ont baissé de 62% en dollar et de 55% en euros. On pouvait donc s'attendre à une baisse très forte des prix du gaz.
Gaz de France nous dira que ce n'est pas si simple, car les prix réglementés du gaz que nous payons tous comprennent aussi le coût de l'acheminement (les "tuyaux") et ne sont pas directement indexés sur les cours "spot" du pétrole.

Or, la formule d'indexation (qui permet de relier l'évolution des prix du pétrole à celle des prix réglementés du gaz) est publiée sur le site du ministère chargé de l'énergie, et je me suis donc livré à l'évaluation de ce qu'aurait du être l'évolution des prix du gaz. Ainsi l'index pertinent pour fixer les prix du gaz au 1er avril correspond à la moyenne de septembre 2008 à février 2009 des prix du baril de pétrole (exprimés en euros). Cet index vaut 43,22 €/baril. L'index pertinent pour fixer les prix du gaz en août 2008 correspondait à la même moyenne sur la période allant de janvier à juin 2008. Il était 71,21 €/baril. Cet index a donc baissé de 40% depuis la dernière hausse des prix du gaz.

Le coût d’approvisionnement du gaz matière (la « molécule », dans le jargon) représente 50% des coûts de fourniture, le reste des coûts représentant l’acheminement et les coûts de commercialisation. La baisse de 40% du coût d’approvisionnement aurait du ainsi conduire à une baisse de 20% des prix finaux.

Il y a une autre manière de s’en convaincre : j'ai calculé ainsi, à chaque date de hausse ou de baisse des prix la valeur de l'index retenu par Gaz de France. Cela donne le graphique ci-dessus : il confirme clairement que les prix proposés par le ministère et Gaz de France Suez sont d'environ 10% supérieurs à ce qui résulterait de la formule d'indexation publiée sur le site du ministère.

Autrement dit, les prix du gaz devraient normalement baisser de 20% au 1er Avril et non de 10% comme annoncé par M. Fillon. Comme le dit si bien Gaz de France Suez, les objectifs sont "dépassés".

vendredi 13 mars 2009

M. Gadonneix et son QI astronucléaire

Lors d'une table ronde organisée le 13 décembre 2000, M. Gadonneix déclarait : "Pour ma part, je ne crois ni au « tout gaz », ni au « tout nucléaire », ni au « tout charbon », etc. Je pense qu'aucune énergie n'est exempte de risque : qu'il soit technique ou géopolitique, le risque existe toujours. La réponse est donc dans la diversification."
M. Gadonneix était alors Président de Gaz de France.
Depuis que le même M. Gadonneix est devenu Président d'EDF, la grâce atomique l'a frappé et il engloutit désormais des sommes considérables dans le nucléaire : British Energy pour 12 milliards d'euros, Constellation Energy pour 5 milliards d'euros, l'EPR de Flamanville pour 4 milliards d'euros, l'EPR de Penly pour un peu moins, 2 autres EPR en Chine...
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis dit-on, à ce compte là M. Gadonneix doit avoir un QI astronucléaire.

jeudi 12 mars 2009

Consommation des box ADSL

Selon un rapport paru ce jour sur la consommation énergétique des TIC (Technologies de l'Information et des Communications), une box ADSL consommerait environ 130 kWh par an.
Au prix actuel de l'électricité, cela représente environ 16 € par an ou 1,4 € par mois. Pas grand chose me direz-vous, mais ça s'ajoute au prix de l'abonnement chez le fournisseur d'accès internet.
On peut aussi estimer la consommation en CO2 des box ADSL à 11 kg par an (sur la base de 84 kg/MWh, chiffre retenu par l'ADEME et que j'analyserai dans un prochain commentaire). Cela fait quand même l'équivalent de 55 000 requêtes sur Google.

mercredi 11 mars 2009

Dawn raids chez EDF

Dans un communiqué de presse de ce jour, la Commission Européenne déclare avoir lancé hier matin des "inspections-surprises" dans les locaux d'EDF. Cette procédure, couramment appelée "dawn-raids" consiste à envoyer des enquêteurs (10 à 20 typiquement, qui peuvent compter des fonctionnaires nationaux) et à saisir les documents qui pourraient prouver des pratiques anticoncurrentielles. En l'occurence, la Commission investiguerait sur la base de l'article 82 (soit au titre des abus de position de dominante) ; elle ne chercherait donc pas à dénoncer une entente illicite.
En fait il semble que la Commission soupçonne EDF d'avoir manipulé les prix du marché de gros français. On peut être surpris qu'après que le régulateur Français de l'électricité (la CRE) a quasiment blanchi EDF de tout soupçon en la matière, la Commission entame une procédure aussi vaste.
Cependant, on peut comprendre que la Commission s'intéresse au cas EDF et ce d'autant que de manière peu explicable les prix en France sont durablement supérieurs aux prix en Allemagne alors qu'EDF se félicite constamment d'avoir fait le choix du moyen de production le moins coûteux en Europe : le nucléaire.

lundi 2 mars 2009

Températures moyennes cet hiver et changement climatique


Le printemps étant venu, il est temps de faire le bilan climatique de cet hiver. D'après les données fournies sur les sites normalement fiables, la température moyenne de cette hiver s'établit à 4,9°C, soit la 3ème valeur la plus basse sur les 20 dernières années, après 1996 (3,9 °C) et 2006 (4,2 °C).
On ne peut rien en conclure évidemment sur l'évolution du climat à long terme, le graphique indiquant d'ailleurs une hausse régulière des températures depuis les années 1950.
D'ailleurs, il se peut que ce record relatif soit lié à la faible activité solaire actuelle : on est en effet dans le bas du cycle solaire. La reprise du cycle se fait d'ailleurs attendre, et les scientifiques s'interrogent car l'histoire montre que l'activité solaire peut parfois ne pas reprendre pendant plusieurs dizaines d'années. La dernière fois (minimum de Maunder), ce phénomène déclencha un mini âge glaciaire. Ce ne serait de toute façon pas une raison pour baisser la garde sur la question du changement climatique.

mardi 23 septembre 2008

EDF : une augmentation des tarifs qui en cache une autre ?

Entre un actionnaire visiblement trop gourmand, qui ponctionne 75 % des bénéfices et lui vend l’énergie à des prix très élevés, et des besoins de financement pour moderniser son réseau, on comprend qu’ERDF (Electricité Réseau Distribution France) ne puisse que plaider pour une hausse du TURPE (Tarifs d’Utilisation des Réseaux Publics d’Electricité).
Espérons cependant que la Commission de régulation de l’énergie ne soit pas dupe et qu’elle fasse en sorte que le TURPE ne serve pas à financer l’achat par EDF de… British Energy.Selon une tradition maintenant bien établie, c’est en plein milieu de l’été que fut annoncée la hausse annuelle des tarifs réglementés[1] d’EDF. Certes, en cette période d’inflation grandissante, cette hausse de 2 % apparaissait bien modeste pour les clients particuliers (mais nettement plus conséquente pour les clients industriels aux tarifs dit « jaune » et « vert » pour qui les prix ont augmenté de 6 % et 8 % respectivement)[2].
Cependant, cette hausse pourrait en cacher une autre : dans une déclaration publiée dans La Tribune du 27 août dernier Michel Francony, président du Directoire d’ERDF[3] demandait en effet une hausse de 15 % du tarif de distribution de l’électricité ou TURPE[4] (c’est-à-dire de la part correspondant à l’acheminement de l’électricité sur le réseau basse et moyenne tension d’EDF). Par ailleurs, RTE (une autre filiale d’EDF, qui gère les infrastructures en haute et très haute tension) a fait une demande de hausse de ses propres tarifs. ERDF qui « achète » à RTE son accès au réseau devrait répercuter cette hausse complémentaire et au total les clients particuliers connectés au réseau d’ERDF subiraient une hausse de prix de 20 % de leur tarif d’acheminement de l’électricité (TURPE).
« Subiraient », le mot n’est pas complètement adapté. Car, en effet, les clients comme vous et moi ne payons pas directement le TURPE à ERDF, nous payons notre fournisseur (EDF pour la plupart) qui doit, en tant que fournisseur, payer ERDF. Au total EDF devrait ainsi payer 20 % plus cher l’acheminement de l’électricité à sa filiale à 100 % ERDF, cela ne nous concernerait donc pas directement.
Mais évidemment, tout cela n’est pas qu’un jeu entre EDF la maison-mère et ERDF la filiale. Et d’ailleurs, c’est M. Francony lui-même qui annonce la couleur et déclare dans le même article que « ce n’est pas aux producteurs et aux fournisseurs de prendre sur leur marge pour financer la modernisation et le développement du réseau. Je plaide donc pour que la future hausse du Turpe soit répercutée dans le tarif réglementé ». Tout est dit : le tarif réglementé que vous et moi payons doit être augmenté pour couvrir la hausse du TURPE. Sachant que le TURPE représente une bonne moitié du prix final de l’électricité, la hausse résultante serait donc de 10 %.
Alors, pourquoi une telle demande de hausse du TURPE ? Deux éléments principaux sont avancés : la hausse du coût de compensation des « pertes » et les besoins d’investissements pour moderniser les réseaux et améliorer la qualité de fourniture.
La question des pertes
Le réseau d’ERDF, comme tous les réseaux électriques, subit des pertes techniques qui résultent d’un phénomène physique (effet Joule) et sont donc largement inévitables. En l’occurrence, les pertes d’ERDF se montent à 22 TWh[5], soit peu ou prou l’équivalent de la production de deux tranches nucléaires. Or, d’après M. Francony, ERDF serait obligé par Bruxelles d’acheter ces pertes sur les marchés de gros, au prix de 90 €/MWh contre 30 €/MWh il y a trois ans. Le coût de compensation des pertes d’ERDF aurait ainsi augmenté d’1,3 milliard d’euros par an. C’est simple, c’est difficilement contestable, et cela semble légitimer une hausse du TURPE.
Seulement voilà, ce n’est pas si simple que M. Francony veut le laisser entendre.
Tout d’abord, la hausse des prix de marché de gros n’est pas si importante que cela : les prix de gros se situaient plutôt autour de 40 €/MWh en 2005, et ils ont d’ailleurs fini l’année 2005 à plus de 50 €/MWh. Ensuite, il n’est pas vrai qu’ERDF était obligé par Bruxelles de se fournir sur les marchés de gros : les quelques distributeurs indépendants qui existent encore en France se fournissent d’ailleurs directement auprès d’EDF à un tarif nettement plus avantageux sans que Bruxelles n’ait sourcillé.
Mais l’essentiel n’est pas là, l’essentiel c’est qu’ERDF achète son énergie sur le marché de gros et que c’est in fine EDF, son actionnaire, qui fournit cette même énergie sur le marché de gros : EDF détient en effet près de 90 % de la production en France ; c’est donc elle qui vend, sous le voile du marché de gros, à ERDF.
Je résume donc la situation :
ERDF voit sa facture d’énergie (pour compenser les pertes réseau) augmenter d’1,3 milliard… essentiellement au bénéfice de son actionnaire EDF ; ERDF demande donc une augmentation de ses tarifs TURPE et… une hausse parallèle des tarifs réglementés d’EDF pour « compenser » la hausse du TURPE.
Par cette pratique d’habile bonneteur, EDF serait donc gagnante deux fois (elle vendrait plus cher son énergie à sa filiale et obtiendrait une hausse des prix réglementés) et ne serait perdante qu’une seule fois (elle subirait une hausse du TURPE). Comme EDF produit à partir de centrales nucléaires, dont les coûts n’ont pas sensiblement augmenté en trois ans, on comprend que ce jeu lui soit hautement profitable.
Où vont les bénéfices d’ERDF ?
Le second argument invoqué pour légitimer la hausse du TURPE est le besoin d’investissement. Et là, M. Francony ne fait pas dans la dentelle : il reconnaît explicitement que la qualité de service s’est dégradée (72 minutes de coupure en moyenne) au point qu’il n’a pas respecté les obligations résultant du contrat de service public signé avec l’Etat (qui prévoit une durée moyenne inférieure à 60 minutes)… pour conclure qu’on doit donc augmenter le TURPE.
Même si le procédé est choquant (dans ma carrière, je n’ai jamais vu quelqu’un demander une augmentation de salaire au motif qu’il n’avait pas atteint ses objectifs contractuels), on ne peut que se féliciter qu’ERDF prenne conscience de la dégradation de la qualité de service et cherche à agir pour l’améliorer.
On peut cependant s’interroger sur les montants pharaoniques qui sont prévus : 10 milliards d’euros, soit 450 €/client, pour diminuer de 12 minutes le temps moyen de coupure annuel, ça fait quand même cher de la minute : à ce prix-là je veux bien qu’on me coupe l’électricité 120 minutes par an et qu’on me donne, en contrepartie, 4 500 € !
Mais il y a plus troublant : si ERDF a des besoins de financement aussi importants, on devrait s’attendre à ce que son actionnaire, c’est-à-dire EDF, soit soucieux de lui assurer des capacités de financement suffisantes. Or, EDF a ponctionné 75 % des bénéfices 2007 d’ERDF. De deux choses l’une : ou EDF avait conscience des besoins de financement d’ERDF et elle a eu une attitude guère responsable, soit, hypothèse qui me paraît plus probable, elle n’avait pas conscience des besoins d’investissement d’ERDF et on peut alors se demander légitimement si cela ne veut pas dire que M. Francony a sur-estimé très largement ses besoins d’investissements.
En tout état de cause, le fait qu’EDF se verse 75 % des dividendes d’ERDF n’est pas sans surprendre quand on constate, à l’inverse, qu’EDF ne remonte qu’une très faible part – de l’ordre de 15 % – des bénéfices distribuables de ses filiales étrangères. Cela revient en quelque sorte à ponctionner les clients du monopole en France pour financer le développement international.
Entre un actionnaire visiblement trop gourmand, qui ponctionne 75 % des bénéfices et lui vend l’énergie à des prix très élevés, et des besoins de financement pour moderniser son réseau, on comprend qu’ERDF ne puisse que plaider pour une hausse du TURPE.
Espérons cependant que la Commission de régulation de l’énergie, ne soit pas dupe et qu’elle fasse en sorte que le TURPE ne serve pas à financer l’achat par EDF de… British Energy.
[1] Le tarif dit « réglementé » est le tarif « EDF » que nous payons vous et moi en tant que client final, ce tarif global comprend la production, le transport, la distribution et la fourniture de l’électricité.
[2] www.cre.fr/fr/content/download/5822/124911/file/080812_ArreteElec_TRV.pdf
[3] ERDF est la filiale à 100 % de distribution d’EDF.
[4] http://www.latribune.fr/info/Michel-Francony----nous-voulons-une-hausse-de... [5] Le Tera Watt-heure (TWh) représente 1 milliard de kilo wattheure.