mardi 2 février 2010

Voltalis, la suite

La société Voltalis, dont j'ai déjà parlé, a obtenu l'insertion d'un "droit de réponse" dans la dernière édition de la lettre bimestrielle de la CRE : Décryptages. Elle cherche ainsi à démonter l'argumentaire développé par la CRE dans son édition précédente.

Le débat au sujet de la valeur des effacements diffus est malheureusement d'une confusion totale. Je vais donc essayer d'en éclairer un autre aspect (mon précédent billet étant consacré à l'effet de report) : la rémunération des économies d'énergie. Pour la clarté de mon exposé, je supposerai donc implicitement par la suite que la société Voltalis permet de réaliser de "vraies" économies d'énergie.

Partons d'une analogie simple : une société vient vous voir pour vous proposer d'installer du double vitrage ou tout système d'économies d'énergie (par parenthèse : méfiez vous des démarchages à domicile des sociétés vendant ce genre de produits, il y a beaucoup d'arnaques en ce moment, notamment sur les pompes à chaleur et sur les installations photovoltaïques).
Au delà des aides fiscales, ce que ces sociétés vous proposent est simple et compréhensible : vous les payez , elles installent des double-vitrages (ou des pompes à chaleur, ou de l'isolation, ou des chauffe-eau solaire...), et vous êtes directement "rémunéré" par votre économie sur votre facture EDF (ou GDF, ou Poweo, ou Altergaz, ou que sais-je encore).

A aucun moment cette société ne va aller voir votre fournisseur d'énergie en lui demandant à être rémunéré à hauteur des économies qu'il permet. Il serait accueilli vertement sur le thème : je ne vais pas vous payer alors que vous diminuez mes recettes !

C'est pourtant en somme ce que Voltalis raconte à tout un chacun, en ignorant cette règle élémentaire de l'économie et du droit : on ne peut être payé deux fois pour la même chose.

Or, en installant les équipements fournis par Voltalis, le client va être "rémunéré" par une diminution de facture. Il est donc contraire au bon sens que Voltalis soit rémunérée une seconde fois par le fournisseur du client.

Qu'on ne s'y trompe pas : ce que propose Voltalis est intéressant (même si ce n'est pas si "révolutionnaire" que cela) et doit être promu. En revanche, Voltalis ne peut espérer le beurre pour son client et l'argent du beurre pour lui.

Voltalis peut rendre le débat confus à souhait, mais au bout du bout, à être trop gourmand, il risque de ne pas faire fructifier un produit et un concept prometteur.

4 commentaires:

Ivecome a dit…

Ce qui fait la complexité de ce dossier c'est la confusion dans le langage et les concepts entretenue par certains acteurs du dossier, confusion née de la mise sur le même plan du mécanisme de consommation/report du consommateur et du mécanisme de financement de voltalis.

En effet, voltalis ne se rémunère pas sur les économies des consommateurs ou leur report de consommation, mais sur le mécanisme d'ajustement, i.e. le système financier des responsables d'équilibre, système que l'on pourrait résumer à un système de compensation et d'assurance mis en place pour répartir le risque sur l'équilibre entre la consommation et la production d'énergie.

En d'autres termes, voltalis voudrait tirer bénéfice des mécanismes financiers liés à l'équilibre sans pour autant porter les mêmes engagements que ceux portés par les responsables d'équilibre acteurs de ces mécanismes (i.e. ils s'engagent financièrement sur le fait que l'équilibre sera assuré dans leur périmètre et sont rémunérés/prelevés en fonction de leur contribution à l'équilibre global : prévisions de consommation et d'injection).

L'activité de voltalis et sa forte présence médiatique proviennent du fait que tous les acteurs du secteur (les fournisseurs, mais aussi et surtout les fabricants d'appareils, certains éditeurs de logiciel grand public, etc.) travaillent à des systèmes comparables et voltalis, qui a su se positionner très tôt au travers de l'expérimentation avec le RTE, n'a que quelques mois pour rentabiliser ses investissements et sécuriser son marché avant l'apparition de solutions alternatives dont la plupart n'envisagent de se rémunérer que sur la fourniture du système d'effacement et pas sur les mécanismes d'équilibre.

Au delà de la confusion, l'utilisation de certains termes laisse songeur, telle la notion de "production d'effacement".

Bouvard et Pécuchet a dit…

Bonjour,

Mais... Voltalis installe gratuitement son boîtier chez ses clients, non?

Anonyme a dit…

Bonjour,

Votre billet est comme d'habitude d'excellente tenue.
Hormis la problématique de l'enrichissement sans cause que l'on retrouve souvent dans les marchés de l'énergie (il est où le temps de l'égalité de traitement et les opérateurs historiques oeuvraient pour la compétitivité de notre pays), se pose toutefois le problème de la gestion de la pointe liée à un développement aberrant des "grille-pains" ; j'entends par grille-pains le chauffage électrique dierect.
Toutes les initiatives qui vont dans le sens d'une gestion optimale de la pointe sont à féliciter, sauf si elles induisent un effet report significatif.

4E a dit…

@ Bouvard et Pécuchet,
oui, il installe cela gratuitement chez ses clients et compte faire payer les autres participants au mécanisme d'ajustement. C'est justement le problème car ce faisant il doit demander faire rémunérer les économies une deuxième fois (la première bénéficiant à son client).
@Anonyme,
merci de votre commentaire. Le problème des "grille-pains" est un vieil héritage d'EDF en faveur du chauffage par effet Joule auquel EDF a été longtemps trop favorable (et ce jusque plus récemment qu'on ne pourrait le penser).
Les pompes à chaleur constituent une meilleure solution (en tous cas si elles se substituent à du chauffage "grille pains"). Par ailleurs, je pense qu'il faudrait aussi insister sur le problème des "chauffages d'appoint" qui posent un vrai problème à l'extrême pointe.
@tous,
une de mes lectrices me reproche quelques coquilles dans mes billets, j'essaie de faire au mieux mais il est vrai que je ne porte pas toujours assez attention à la rédaction de mes billets. Je vous remercie de votre indulgence.