jeudi 11 février 2010

De l'incohérence des chiffres fournis par EDF

Parfois je m'amuse à vérifier les chiffres fournis par EDF. On y découvre souvent des contradictions cocasses.

Ainsi dans une dépêche AFP de ce jour j'apprends qu'EDF compte augmenter la disponibilité de son parc à 85% et que "un point de coefficient de disponibilité représente 200 millions d'euros de résultat brut d'exploitation (Ebitda)". Ce n'est pas la première fois qu'EDF communique sur cette valeur, qui peut d'ailleurs être vérifiée indirectement.

On sait en effet qu'avec 63 GW de puissance nucléaire installée, un point de disponibilité permet d'augmenter la production de 5,5 TWh/an.
EDF considère donc que la production nucléaire lui rapporte, une fois payées ses charges variables d'environ 10 €/MWh, une marge d'environ 35 €/MWh (soit 200M€/5,5TWh). Ceci correspond à une valorisation de 45 €/MWh de sa production, valeur proche des prix de marché de gros actuels (environ 50 €/MWh).

Deux jours plus tôt, selon une autre dépêche de l'AFP (bon, je prends les dépêches telles que reprises par Le Figaro, c'est juste pour énerver Disparitus et Nicolas) , EDF annonçait cependant que l'arrêt du réacteur 1 de Flamanville aurait coûté 22 millions d'euros. Or ce chiffre n'est tout simplement pas cohérent avec le précédent. En effet, la centrale de Flamanville a une puissance de 1,3 GW et un arrêt de 5 mois (soit 4 mois au delà de la durée normale, car je crois que le réacteur était en arrêt pour simple rechargement) occasionne une perte de production de l'ordre de 3,5 TWh. Sur la base d'une simple proportionnalité, on se serait donc attendu à ce qu'EDF annonce une perte de 125 M€ pour l'arrêt de Flamanville.

Même si mes calculs sont grossiers (mais pas forcément plus que ceux d'EDF), je n'ai vraiment aucune idée d'explication à cette incohérence. Je donne ma langue au chat, s'il me lit.

PS : 1 TWh = 1 milliard de kWh ; 1 MWh = 1 000 kWh.



7 commentaires:

Disparitus a dit…

Les dépêches de l'AFP, c'est de l'ancienne économie, cela, du bon vieux mortar

Prends plutôt comme base des racontars de blogs, ça c'est trendy.

Ivecome a dit…

Dans la seconde dépêche, il faut (je pense) distinguer le coût (i.e la sortie d'argent) et le manque à gagner (i.e. l'absence d'entrée d'argent). Ainsi, la dépêche signale en début un coût de 2O Millions plus 2 millions imprévus. Puis il est précisé plus bas qu'une journée constitue un manque à gagner de 1 million et que 100 jours d'arrêt imprévus ont été décomptés.

Modulo les arrondis, on retrouve en cumulant le cash-out et le manque à gagner, l'ordre de grandeur de votre estimation (122 pour 125). L'écart ne proviendrait donc pas de méthodes de valorisation distinctes, mais plutôt des formulations journalistiques très synthétiques qui ne résument que partiellement l'article.

4E a dit…

Par la barbe de Merlin, Ivecome a raison !

Je n'avais pas lu la suite de la dépêche de presse (ou plus exactement, je n'avais lu qu'une dépêche tronquée, ce qui est une piètre excuse).

Ivecome a dit…

C'est ce qui arrive quand on se fie au Figaro... ;-)

Nicolas a dit…

Ca ne m'énerve pas...

ana a dit…

Nous nous étions également posés la question :
http://www.usinenouvelle.com/article/5-mois-d-arret-d-un-reacteur-a-flamanville-22-millions-d-euros.N126002

et

http://www.usinenouvelle.com/article/edf-le-milliard-perdu.N126176

Autre incohérence que je ne m'explique pas : Philippe Thorion, dirigeant d'EDF, chiffrait le coût des grèves à 38 TWh, soit environ 80 millions d'euros de manque à gagner. Cela n'est ni cohérent avec les 17 TWh précisés sur ce bloc, ni cohérent avec les 500 millions d'euros de manque à gagner imputés par EDF aux grèves...

4E a dit…

@Ana,
c'est vrai, je n'avais pas vu. Je vais lire plus souvent votre site, qui est bien fait. Les autres chiffres que vous mentionnez sont effectivement incohérents...