jeudi 24 décembre 2009

A propos de la concession de Paris


Je réponds ici à une remarque d’un de mes lecteurs (« De passage ») au sujet de mon billet sur la concession de Paris. Dans ce billet, je faisais valoir qu’une des clauses de l’avenant de concession de la Ville de Paris était léonine. Ce lecteur considère au contraire que le contrat est « globalement équilibré ».

De quoi s’agit-il ?

ERDF, en tant que gestionnaire du réseau de distribution, voit ses investissements rémunérés à travers les tarifs d’utilisation des réseaux publics (TURPE) que paient les utilisateurs du réseau (c'est-à-dire, in fine, vous et moi). Les coûts pris en compte couvrent l’amortissement des biens et une rémunération des capitaux engagés à un taux fixé par la CRE, en l’occurrence 7,25%.

Ce tauxl prend en particulier en compte les risques spécifiques de l’activité d’ERDF. C’est pourquoi ce taux est nettement supérieur au taux de la dette « sans risque » (pour plus de détail, consulter l'exposé des motifs de la CRE).

Prenons l’exemple d’un investissement de 100 M€ d’une durée de vie de 30 ans (l'exemple est détaillé dans le tableau joint). Le TURPE intégrera un montant de 10,6 M€ la première année, soit 3,3 M€ pour l’amortissement et 7,3 M€ pour les charges de capital. La seconde année, le TURPE prendra en compte des charges de capital réduite car elles seront basées sur la valeur de l’investissement après amortissement (Valeur Nette Comptable ou « VNC ») : il n’y a en effet pas lieu de rémunérer des investissements qui ont déjà été « remboursés » via l’amortissement sur les périodes précédentes.

Le principe de fixation est ainsi exactement le même que pour un prêt amortissable de type immobilier (sauf que les annuités ne sont pas constantes) : les clients paient à ERDF l’amortissement et les « intérêts » sur les capitaux restants à amortir.

Cependant, pour un prêt immobilier, la clause de sortie (dite de « rachat de prêt ») est calée sur la base de 6 mois d’intérêts ou de 3% du capital restant dû. Cette clause est essentiellement justifiée par le souci de ne pas laisser les emprunteurs « arbitrer » en cas de baisse des taux, risque qui n’a de ce fait pas d’équivalent dans le secteur électrique. En l'absence de ce risque, le rachat devrait se faire gratuitement.

On devrait donc s’attendre à ce qu’en cas de sortie, ERDF ne puisse être compensé qu’à hauteur de la valeur nette comptable (VNC). Tel n’est pas le cas, la clause indiquée du contrat de concession prévoit en effet qu’ERDF soit compensé à hauteur de la VNC réévaluée au coût du capital.

Elle stipule en effet expressément que "la réévaluation des financements non amortis du concessionnaire [ERDF] s'effectuera au taux de 7,25% par an, par référence au taux de rémunération des actifs gérés par le concessionnaire, fixé par les décisions ministérielles des 23 septembre 2005 et 5 juin 2009 relatives aux tarifs d'utilisation des réseaux publics de transport et de distribution d'électricité. Elle prendra effet au 1er janvier 2005."
Une note de bas de page précise d'ailleurs, pour lever toute ambiguïté que "la valeur réévaluée de l'année N est obtenue par application à la valeur nette comptable de l'année N du taux de réévaluation depuis l'année de mise en service jusqu'à l'année N-1".

Prenons à nouveau l’exemple d’un investissement de 100 M€ d’une durée de vie de 30 ans. Si la Ville de Paris décide de remettre en cause le contrat de concession au bout de 10 ans elle devrait payer à ERDF la somme de 66,6 M€ (VNC) inflatée d’un facteur 1,0725 à la puissance 10, soit 134,2 M€ ! Les montants considérés qui avaient été rémunérés via le TURPE seraient ainsi rémunérés une deuxième fois.

La « pénalité » serait donc de 67,6 M€ soit 34 fois plus élevée que celle d’un prêt immobilier (qui serait de 3%*66,6 M€=2,0 M€) alors même qu’il n’y a pas de risque d’arbitrage financier à couvrir.

Beaucoup plus fort : la rentabilité des investissements (taux de retour interne ou TRI) serait alors de 11,69%, donc nettement supérieure au coût du capital pris en compte par la CRE.

La clause considérée, qui permet sans fondement d’obtenir (en cas de remise en cause du contrat de concession) une rentabilité nettement supérieure aux coûts et aux risques d’ERDF est donc indubitablement déséquilibrée.

Quand bien même cette clause ne serait pas considérée comme léonine, il est probable qu'elle susciterait de nombreuses interrogations à Bruxelles.

Prix du fioul domestique à mi-décembre


D'après les statistiques du ministère, le prix du fioul domestique a faiblement augmenté la semaine dernière. Il était en moyenne de 62,21 c€ TTC/l contre 61,03 c€ TTC/l la semaine précédente.

Les prix des produits pétroliers sont cependant sur une tendance haussière depuis le début de l'année.

A noter : la taxe carbone qui sera applicable au fioul domestique à compter de janvier serait de 4,5 c€ par litre de fioul, soit environ 5,4 c€ TTC.

mercredi 23 décembre 2009

Consommation électrique les 1er janvier


Il m'a paru intéressant, avant les fêtes, de faire un point sur la consommation électrique les 1er janvier. J'ai pour cela pris les données publiées par RTE, et j'ai comparé les consommations aux consommations des dimanches précédents.

Cela donne le graphique joint. Pour "lisser" les effets liés aux aléas climatiques les données en moyenne sont évidemment les plus pertinentes.

On voit, et ce ne sera pas une surprise, que les consommations entre minuit et 6 heures du matin sont nettement plus importantes (en gros de 3 GW jusque 3 heures du matin, ce qui correspond à trois réacteurs nucléaires de première génération ou à deux EPR).

Plus intéressant est l'effet retour (ou "gueule de bois", selon le choix) : la consommation est nettement plus faible entre 8 heures et (au moins midi), la différence atteint même presque 4 GW vers 10 heures.

Enfin, on note le comportement atypique du 1er janvier 2000, dont je ne sais s'il s'agit d'un "effet millénaire" ou d'un effet météo.

Sur ce, je souhaite de bonnes vacances à tous, car je ne suis pas certain de bloguer pendant les fêtes.

lundi 21 décembre 2009

Jours EJP

A toutes les belles-mères qui hésitaient à cuisiner pour leurs gendres, par peur de trop dépenser les jours EJPs, je l'annonce avec plaisir : la salve récente de jours EJP a sans doute touché à sa fin.

Lundi n'était plus EJP que pour le Nord et l'Ouest. Mardi ne sera EJP dans aucune des zones.

Bonne nouvelle donc, et même s'il est toujours possible que des jours EJP soient déclarés entre Noël et Nouvel An, le plus probable (au vu de la météo) est qu'il n'y ait pas de jours EJP avant janvier prochain.

Concession de Paris : Direct Energie bloque l'avenant

Direct Energie joue de plus en plus le rôle du "maverick" (franc-tireur) de l'électricité, prenant en cela le rôle de Free dans les télécommunications. Non que je sois leur grand thuriféraire (je ne suis d'ailleurs client d'aucun des deux), mais je ne puis que saluer ici ces artistes de l'animation du microcosme.

Dernier rebondissement donc : Direct Energie vient d'obtenir la suspension de l'avenant portant prolongation pour 15 ans de la concession de distribution (et de fourniture) de la ville de Paris.

Simples et inutiles moulinets de la part de Direct Energie ? Probablement pas, car le régime de "concessionnaire obligé" qui fait que, depuis la loi de nationalisation en 1946, EDF est le concessionnaire obligé des communes (hors l'exception des "distributeurs non nationalisés") n'est probablement pas compatible avec les textes européens. Et c'est là tout l'enjeu du recours.

Au demeurant, le site energie2007 publie l'avenant tel que signé par EDF et ERDF (mais pas encore signé par la ville de Paris). Bizarrement, le patron d'ERDF (l'inénarrable M. Francony) n'est pas le signataire au nom d'ERDF.

J'ai d'ailleurs l'impression que l'article 3 et l'annexe VI prévoient une clause de sortie anormalement généreuse, qui permettrait in fine que les capitaux engagés par ERDF soient à la fois rémunérés et amortis via le TURPE mais aussi, pour partie, capitalisés. Le beurre et (une partie) de l'argent du beurre en somme.

Si j'étais à la place de la ville de Paris, je profiterais du recours pour renégocier ces clauses qui m'apparaissent léonines de la part d'EDF/ERDF.

Si j'étais à la place de la CRE, je m'interrogerais sur la nécessité de modifier le calcul du coût moyen pondéré du capital pour prendre en compte la subtilité contractuelle (qui existe aussi sur les autres contrats de concession, mais avec un quantum différent) ainsi introduite.

A suivre donc.

vendredi 18 décembre 2009

Prix du gaz : nouveau contrat, nouvelle formule

GDF Suez et l'Etat devraient prochainement signer un "contrat de service public". Ce contrat permettrait notamment "Le contrat de service public prévoit [...] une amélioration des règles de détermination des tarifs réglementés de gaz naturel proposés par GDF Suez aux clients résidentiels. L’objectif est de rendre les évolutions du tarif du gaz plus prévisibles. Ces nouvelles règles ont été envoyées ce jour à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour avis."

Evidemment, la "formule tarifaire" précédente n'ayant quasiment jamais été respectée, on ne pouvait que l'améliorer. Reste à savoir dans quel sens et ce que fera la CRE qui est sensée donner son avis.

En tout état de cause, l'exemple du Contrat de Service Public d'EDF peut laisser rêveur, puisqu'il a été ouvertement piétiné par EDF et le Gouvernement français en Août dernier.

A suivre donc.

jeudi 17 décembre 2009

Point sur le suivi du contrat de service public


Juste un mot pour actualiser mon billet du mois dernier avec les dernières publications de prix de l'Insee. Rappelons qu'au terme du contrat de service public signé en octobre 2005, les tarifs d'EDF ne devaient pas augmenter plus que l'inflation.

Taxes et retaxes

On sait que la taxe carbone doit entrer en vigueur au 1er janvier 2010. Elle devrait conduire "à un renchérissement du prix du gaz de 3,14 euros/MWh, soit une augmentation de 7,6 % par rapport au prix hors taxe" selon le ministère cité par le Monde.

7,6%, ça fait déjà beaucoup, surtout quand il fait froid.

Mais une augmentation peut en cacher une autre et d'après plusieurs sources il semble que les prix de l'électricité (qui ne sont quant à eux pas soumis à la taxe carbone) pourraient augmenter du fait de la CSPE (*). Cette augmentation s'expliquerait pas le développement de l'énergie photovoltaïque et éoliennes qui sont financées par ce truchement.

Au total, la CSPE pourrait passer de 4,5 à 5,5 €/MWh, montant auxquels il faut ajouter la TVA. Ceci conduirait, au doigt mouillé, à une hausse des tarifs d'électricité d'environ 1,2% au 1er janvier.

Il ne manquerait plus qu'une hausse de la CTA, pour que le tableau soit complet... il y a d'ailleurs une rumeur à ce sujet mais je n'en ai pas confirmation.

J'en profite pour de la pub pour ma calculette EDF qui vous permettra de tout savoir sur ce que vous payez dans vos tarifs EDF. Faites-en aussi de la pub !

(*) Pour Nicolas, l'Hérétique, Gaël et les autres, je rappelle que la CSPE est une taxe qui sert à financer diverses choses dont la "péréquation" tarifaire avec la Corse et les DOMs et les subventions aux énergies renouvelables (il finance aussi d'autres subtilités électriques, comme le Tartam).

mercredi 16 décembre 2009

EDF gagne contre Bruxelles mais capitule à Paris ?

C'était la grande nouvelle hier : EDF (et RTE, selon un partage subtil) ont gagné, devant la Cour Européenne de Justice, un recours contre une décision de Bruxelles (je n'entre pas dans les détails, l'article du Figaro est assez clair).

Au total, EDF pourrait récupérer 1,2 milliards d'euros (sans compter les éventuels intérêts).

Sauf que, sauf que, cette somme devra être versée par ... l'Etat Français et donc, in fine, par les contribuables. En ces temps de dette abyssale de l'Etat, la nouvelle n'est évidemment pas bienvenue pour le gouvernement.

Et EDF, dont le PDG vient d'être nommé par le chef ... de l'Etat se tâte, visiblement : vais-je ou non demander à mon actionnaire étatique de me rembourser les sommes considérées ? C'est à dire : vais-je tout de suite au conflit avec celui qui vient de me nommer ?

C'est en tout cas comme cela que je décrypte ce paragraphe sibyllin du Figaro :
Chez EDF, désormais en droit de réclamer un remboursement, la prudence reste pour l'instant de mise. "On prend acte de la décision et on l'analyse en détail", a indiqué une porte-parole. La Commission se contente également de dire qu'elle va "étudier soigneusement l'arrêt".

Reste à savoir ce qu'en pensent les actionnaires "minoritaires" d'EDF, qui sont les seuls bénéficiaires de la décision de la CEJ.

Effet du pic des prix spots d'Octobre sur les prix à terme


J'avais il y a un mois rédigé un billet sur l'impact du pic de prix sur Powernext sur les prix à terme de l'électricité (en l'occurrence, les prix pour une livraison en base en 2010).

Un mois plus tard, on constate que le différentiel de prix entre la France et l'Allemagne s'est réduit. C'est un peu comme si les marchés avaient "amorti" les effets du pic.

Une (bonne?) partie des contrats avec les clients finaux (pour ceux qui sont encore aux offres "marché" !) est cependant renégociée entre octobre et novembre : ceux-là ont probablement subi directement les effets du pic de prix.

En tout état de cause, à environ 4 €/MWh le différentiel de prix entre la France et l'Allemagne reste élevé : il était de seulement 2 €/MWh jusque septembre.

Au demeurant, l'enquête de la CRE sur le pic de prix ne me semble pas bien conclusive.
Quelqu'un sait-il si la CRE compte poursuivre son investigation ?

mardi 15 décembre 2009

Quelques éléments de base sur les EJPs

Mercredi sera le troisième jour EJP consécutif. La vague de froid est l'occasion pour RTE d'alerter la population sur les risques de coupure (surtout en Bretagne, mais aussi en PACA).

Il y a dix ans les contrats EJP permettaient d'effacer environ 6000 MW (je cite ce chiffre de mémoire, je n'ai pas retrouvé de source sur le net pour le confirmer) ; le gradient de température était alors de 1500 MW par °C.
En d'autres termes, les EJPs permettaient de "compenser" l'effet d'une baisse de température de 4°C.

Aujourd'hui, les EJPs ne permettent plus d'effacer que 2000 MW ; le gradient de température atteint 2000 MW par °C.
En d'autres termes, les EJPs ne compensent plus que l'effet d'une baisse de 1°C.

Je pense inutile d'ajouter un commentaire, sauf qu'EDF désire ardemment mettre fin aux EJPs (qui sont d'ailleurs en extinction), ainsi qu'au tarif tempo.

Statistiques EJP


Juste un petit graphique pour illustrer mon billet d'avant-hier (on y voit le nombre cumulé de jours EJPs appelés pour les 5 derniers hivers). A noter qu'il y a environ une fois par an une "semaine EJP" où les 5 jours sont rouges (il y en a eu deux de ce type pour l'hiver 2007/2008, l'une en décembre, l'autre en février).

Vu les prévisions météo, il n'est pas impossible que d'autres jours EJP soient déclenchés dans la semaine...

NB : les chiffres sont tirés des publications d'EDF relatives aux offres "Tempo". Les jours EJPs peuvent cependant différents selon la région et/ou (pour certaines années) selon le niveau de tension.

Vague de froid et pics de consommation

Alors que RTE indique dans un communiqué de presse que "le niveau historique de 92 400 MW du 7 janvier 2009 pourrait même être dépassé en fin de semaine selon les températures réellement rencontrées", ses prévisions officielles ne sont que de 89 000 MW pour la fin de la semaine (jeudi).

D'où provient la différence ? Sans doute des prévisions de température : un écart de 3 400 MW correspond en gros à une différence de 1,5 °C de température moyenne.

Or les prévisions de température ne sont pas fiables à 100% et il se peut très bien que les températures réelles soient inférieures de 1,5°C aux températures prévues aujourd'hui pour jeudi prochain.

Les deux annonces de RTE ne sont donc pas contradictoires : celle du communiqué de presse met en avant un scénario de température plus basse que celle qui est prévue aujourd'hui, mais qui n'est pas pour autant impossible.

Et tout cela pour la bonne cause : inciter les français à économiser l'énergie.

lundi 14 décembre 2009

GNL et sécurité d'approvisionnement


Suite à mon billet de la semaine dernière, certains lecteurs ont apporté des commentaires forts constructifs. Pour l'essentiel, ils font valoir que les arbitrages ne posent pas de problème pour la sécurité d'approvisionnement pétrolière et que, en tout état de cause, il existe des stocks de sécurité pour le gaz comme pour le pétrole.

Pour alimenter ce débat, j'ai calculé quelle avait été le niveau des stocks de gaz sur les dernières années, stocks que j'ai mesurés en jour de consommation finale (pour une consommation finale de 530 TWh).

On voit ainsi qu'au cœur de l'hiver, les stocks gaziers représentent environ 20 jours de consommation nationale (attention, il s'agit de consommation moyenne, rapporté à la consommation hivernale les stocks sont nettement plus faibles).

Ce niveau est donc nettement plus faible que celui des stocks pétroliers qui sont tenus de couvrir au moins de 90 jours de consommation au titre du stockage stratégique.

Au demeurant, j'aimerais comprendre pourquoi Gaz de France (qui n'est quand même pas payé pour jouer les Cassandre) indiquait elle-même que "l’arbitrage transatlantique pourrait constituer une menace immédiate sur la sécurité d’approvisionnement européenne".

dimanche 13 décembre 2009

Jour EJP

Demain 14 décembre, EDF placera son premier jour EJP de l'année. Il n'est pas inhabituel qu'EDF place son premier jour EJP si tard dans l'hiver. On a d'ailleurs connu des hivers où aucun jour EJP n'avait été "placé" avant le 31 décembre.

Il semble ainsi qu'EDF fasse un usage "parcimonieux" de ces jours EJP pour ce hiver (alors même que l'on a déjà connu des périodes tendues). Cela est compréhensible si EDF anticipe un hiver difficile et qu'il préfère garder ses réserves EJP autant que possible.

Ce qui est en revanche toujours incompréhensible, c'est qu'EDF ait décidé d'euthanasier un tarif qui lui est si précieux pour "passer les pointes" en hiver (voir ici).

vendredi 11 décembre 2009

Arbitrage GNL et sécurité d'approvisionnement

Dans un de mes premiers billets, j'émettais des doutes sur l'intérêt de la fusion Gaz de France Suez. En le relisant, il me semble intéressant de lancer un débat sur l'impact de l'arbitrage transatlantique sur la sécurité d'approvisionnement.

Par "arbitrage transatlantique" on entend la faculté pour les bateaux méthaniers de décider (d'arbitrer) entre livrer leur gaz en Europe ou aux Etats-Unis. Et comme les opérateurs ne sont pas des poètes, ils arbitrent pour vendre où le prix est le plus élevé.

Cet arbitrage est un des leviers de "création de valeur" de GDF Suez. Si on regarde le document en page 9, on se rend compte que "l'arbitrage de spread géographique" permettrait de réaliser des gains substantiels à cet opérateur car en vendant au maximum de deux prix, GDF Suez gagne nécessairement plus qu'en vendant à un seul des deux prix.

Cependant, Gaz de France, du temps où il n'était pas encore dans le giron de Suez exprimait les doutes les plus sérieux sur l'impact de tels arbitrages sur la sécurité d'approvisionnement. Elle écrivait ainsi, dans un document présenté à la Commission, "l’arbitrage trans-atlantique qui présente par ailleurs des opportunités d’optimisation intéressantes, pourrait constituer une menace immédiate sur la sécurité d’approvisionnement européenne".

Alors, en cas de risque de pénurie gazière en France et aux Etats-Unis, vers où iront les méthaniers affrétés par GDF/Suez ? Iront-ils livrer leur gaz aux Etats-Unis si ceux-ci proposent un meilleur prix, au risque de ne pas fournir les besoins nationaux ?

Je n'en sais rien, et personne à ce jour ne semble se poser cette question. Et ce n'est plus Gaz de France qui ira soulever ce problème. Il est devenu GDF Suez.

jeudi 10 décembre 2009

Top 80 d'EDF

Voici les nouvelles que j'ai pu récupérer sur la réunion dite "Top 80" d'hier où M. Proglio annonçait l'organisation qu'il compte mettre en place.

Comme attendu (dans un de mes billets que j'avais ensuite censuré, du fait d'un commentaire douteux) :
- Mme Laigneau et M. Lagarde, tous deux très gadonneixiens, sont apparemment placardisés. M. Proglio leur aurait confié des missions "importantes", sans autre précision ;
- M. Mathias, dont j'avais indiqué dans le même billet que, quoique gadonneixien, il aurait su se rapprocher en temps utile de M. Proglio sauverait sa peau et prendrait même la responsabilité des RH et des relations sociales (anciennement dévolues à M. Lagarde) ;
- M. Tchernonog (on n'a pas fini d 'entendre des jeux de mots plus ou moins douteux à son sujet !), précédemment Secrétaire Général de Véolia, prendrait la même fonction à EDF (en lieu et place de Mme Laigneau) ;
- M. Lépée deviendrait Directeur de Cabinet (personne n'occupait vraiment cette fonction auparavant, le "tenant-lieu" aurait déjà été "placardisé" à l'université du groupe) ;
- M. Sananès (un ancien d'EuroRSCG) prendrait la fonction de Directeur de la Communication et des Affaires Publiques (c'est de fait un nouveau poste dans l'organigramme d'EDF).

N'étant pas personnellement membre du Top 80, ces informations sont nécessairement de seconde main. Et doivent donc être prises avec des pincettes.

Des avantages du nucléaire en France par rapport à l'Allemagne

Le comportement des marchés de gros pendant les week-ends est parfois très intéressant. J'ai ainsi comparé la production d'électricité en Allemagne et en France dimanche dernier, 6 décembre.

Cela donne le graphique suivant pour l'Allemagne (source : EEX) :

Et ceci pour ce qui concerne la France (source : RTE) :

La conclusion saute au yeux : la production en France est pour l'essentiel faite à partir de nucléaire et en Allemagne à partir de charbon (et pour l'essentiel de lignite). Certes, le lignite à un coût "marginal" plus faible que celui du charbon, mais on pouvait s'attendre au total que les prix en France soient nettement plus bas qu'en Allemagne.

Or les prix en France étaient plus élevés qu'en Allemagne (de peu il est vrai : 27,8 €/MWh contre 26,4 €/MWh).

C'est doublement étrange :
- étrange parce que les prix en France se situaient, in fine, au "coût marginal" de la production charbon alors même que de la production nucléaire et hydraulique étaient disponibles (la disponibilité du nucléaire était de 48,7 GW) ;
- étrange parce qu'à l'inverse, alors que la production charbon était plus importante en Allemagne (et donc, a fortiori, plus "marginale"), les prix en Allemagne étaient plus bas.

Certes, il peut exister des "explications" (qui tourneront autour de la question de la gestion en "valeur d'usage" des stocks nucléaires et hydrauliques).

Reste à savoir si ces explications sont satisfaisantes pour expliquer un tel mystère...

Heureusement, l'essentiel des clients français n'achètent pas "au prix de gros". Les voeux les plus chers d'EDF ne sont pas encore exaucés et pour le moment, les clients finaux continuent donc de bénéficier de prix nettement plus bas qu'en Allemagne.

Mais pour combien de temps ?


mercredi 9 décembre 2009

L'EPR : un fiasco industriel

Encore un excellent article sur mediapart, qui décrit le fiasco de l'EPR.

Je n'ai pas grand chose à y rajouter., et j'ai d'ailleurs déjà écrit sur le sujet. L'EPR n'a pas été conçu pour fonctionner mais pour affirmer qu'on pouvait trouver un "référentiel commun" de sécurité avec les Allemands, à une époque où l'Allemagne et la France entraient dans un "moratoire" de fait ou de droit sur le nucléaire.

Depuis les Allemands nous ont quittés pour rejoindre les Russes, et EDF-Areva gardent l'EPR.

Ah, oui, j'oubliais ! Au moment de la séparation, nos amis allemands de Siemens ont gardé la maîtrise du contrôle commande de l'EPR. Auront-ils une grande motivation à résoudre les problèmes récents de l'EPR ?

EDF : ça sent le Roussely

Depuis l'annonce de la nomination de M. Proglio à la tête d'EDF, il est de bon ton d'évoquer le retour des partisans de l'ancien Président d'EDF, François Roussely. Cédric Lewandowski ancien chef de cabinet de M. Roussely aurait ainsi été à la manoeuvre pour préparer l'arrivée de M. Proglio. Signe qui ne trompe pas : M. Roussely vient d'être chargé par l'Elysée d'une mission de réflexion sur le nucléaire ; et M. Proglio semble satisfait de ce choix.

Bizarre retour de balancier quand on se souvient qu'à l'arrivée de M. Gadonneix, les partisans de M. Roussely avaient été priés de quitter EDF (M. Creuzet) ou de rejoindre des placards plus ou moins dorés (M. Lewandowski, qui faisait plutôt dans la version dorée) ; et que M. Gadonneix s'était à l'inverse attaché à faire revenir les "victimes" de l'ère Roussely (MM. Francony et Mathias par exemple).

La roue tourne donc. Et pour savoir qui sortira du nouveau chapeau Progliesque, attendons les résultats du "Top 80" (rencontre des très hauts dirigeants d'EDF) qui doit avoir lieu aujourd'hui.

Voilà, c'était un billet cancan, mais les grands enjeux (comme l'énergie ou le nucléaire) sont parfois occultés par les guerre picrocholines.

mardi 8 décembre 2009

Prix du fioul domestique début décembre


D'après les statistiques du ministère, le prix du fioul domestique est resté stable la semaine dernière. Il était en moyenne de 61,14 c€ TTC/l contre 61,13 c€ TTC/l la semaine précédente.

Les prix des produits pétroliers sont cependant sur une tendance haussière depuis le début de l'année.

A noter : la taxe carbone qui sera applicable au fioul domestique à compter de janvier serait de 4,5 c€ par litre de fioul, soit environ 5,4 c€ TTC.

Le soleil est-il mort ?


Sous le titre choc "le Soleil est mort" (c'est en néerlandais), Kees de Jager, expert reconnu du Soleil, a regretté qu'on ne s'inquiète pas suffisamment de la climatologie... solaire.

En effet, après un bref espoir il y a quelques semaines, il semble que le Soleil soit retombé en léthargie complète : son cycle (qui fait en moyenne 11 ans) ne redémarre pas.

"Il ya quelques semaines, il y avait encore [des explosions solaires], après une longue période [sans]. Certains pensaient que la période de silence était terminée. Mais depuis le soleil est mort. Raide mort.''
écrit ainsi M. de Jager. (traduction adaptée à partir de google).

Cependant, d'autres spécialistes ne semblent pas si convaincus et titrent "Le Soleil n'est pas mort" (cette fois ci, c'est en anglais).

Alors mort ou vivant notre Soleil ? Les médecins légistes n'étant pas d'accord, admettons au moins qu'il est en coma profond et attendons d'en savoir plus dans les mois qui viennent.

Le feuilleton solaire continue donc.

lundi 7 décembre 2009

M. Proglio et les conflits d'intérêts

M. Proglio, nouveau PDG d'EDF est toujours Président (non exécutif) de Véolia. Beaucoup poussent des cris d'orfraie de voir un grand patron cumuler ainsi les présidences du premier électricien européen et de l'une des toutes premières entreprises de distribution d'eau (et de services aux collectivités) mondiales.

M. Proglio lui ne voit aucun problème et affirme aux sénateurs que "des risques de conflits d'intérêts, en trente-sept ans de carrière à Veolia et cinq ans au conseil d'administration d'EDF, il n'a pas eu connaissance de sujets susceptibles d'en créer".

Un de mes correspondants me dit cependant qu'EDF aurait, à l'époque de M. Gadonneix, refusé de communiquer certains dossiers à M. Proglio, membre de son conseil d'administration. Il serait intéressant de savoir si ce refus, s'il était avéré, était motivé par des problèmes de conflit d'intérêt.

En tous cas, il semble que l'ex Secrétaire Générale d'EDF qui se serait personnellement opposée à la transmission de documents à M. Proglio soit maintenant sur le départ...


L'EPR sera-t-il en retard ?



EDF comptait initialement construire l'EPR en 54 mois et admet à demi-mots qu'elle sera en retard (puisque la mise en service commercial est maintenant annoncée en 2013, ) . Ce délai semble très optimiste au regard des délais observés dans la construction du parc nucléaire actuellement en exploitation. La tranche la plus rapidement construite fut celle de Blayais 1 (59 mois) et la "moyenne" du parc EDF fut de 80 mois environ.

Encore faut-il noter que cette moyenne de 80 mois exclut les tranches de type N4 (les plus récentes d'EDF qui correspondent aux centrales de Chooz et Civaux). La moyenne de construction du palier N4 fut de 153 mois.

mercredi 2 décembre 2009

Je réponds ici à une remarque d’un de mes lecteurs (« De passage ») au sujet de mon billet sur la concession de Paris. Dans ce billet, je faisais valoir qu’une des clauses de l’avenant de concession de la Ville de Paris était léonine. Ce lecteur considère au contraire que le contrat est « globalement équilibré ».

De quoi s’agit-il ? ERDF, en tant que gestionnaire du réseau de distribution, voit ses investissements rémunérés à travers les tarifs d’utilisation des réseaux publics (TURPE). Les coûts pris en compte couvrent l’amortissement des biens et une rémunération des capitaux engagés à un taux fixé par la CRE, en l’occurrence 7,25%.

Le coût du capital pris en compte prend en particulier en compte les risques spécifiques de l’activité d’ERDF. C’est pourquoi ce taux est nettement supérieur au taux de la dette « sans risque » (pour plus de détails, voir l'exposé des motifs de la CRE).

Prenons l’exemple d’un investissement de 100 M€ d’une durée de vie de 30 ans (exemple détaillé dans le tableau joint). Le TURPE intégrera un montant de 10,6 M€ la première année, soit 3,3 M€ pour l’amortissement et 7,3 M€ pour les charges de capital. La seconde année, le TURPE prendra en compte des charges de capital réduite car elles seront basées sur la valeur de l’investissement après amortissement (Valeur Nette Comptable ou « VNC ») : il n’y a en effet pas lieu de rémunérer des investissements qui ont déjà été « remboursés » via l’amortissement sur les périodes précédentes.

Le principe de fixation est ainsi exactement le même que pour un prêt amortissable de type immobilier (sauf que les annuités ne sont pas constantes) : les clients paient à ERDF l’amortissement et les « intérêts » sur les capitaux restants à amortir.

Cependant, pour un prêt immobilier, la clause de sortie (dite de « rachat de prêt ») est calée sur la base de 6 mois d’intérêts ou de 3% du capital restant dû. Cette clause est essentiellement justifiée par le souci de ne pas laisser les emprunteurs « arbitrer » en cas de baisse des taux, risque qui n’a de ce fait pas d’équivalent dans le secteur électrique.

On devrait donc s’attendre à ce qu’en cas de sortie, ERDF ne puisse être compensé qu’à hauteur de la valeur nette comptable (VNC). Tel n’est pas le cas, la clause indiquée du contrat de concession prévoit en effet qu’ERDF soit compensé à hauteur de la VNC réévaluée au coût du capital. Elle stipule en effet expressément que "la réévaluation des financements non amortis du concessionnaire [ERDF] s'effectuera au taux de 7,25% par an, par référence au taux de rémunération des actifs gérés par le concessionnaire, fixé par les décisions ministérielles des 23 septembre 2005 et 5 juin 2009 relatives aux tarifs d'utilisation des réseaux publics de transport et de distribution d'électricité. Elle prendra effet au 1er janvier 2005." Une note de bas de page précise d'ailleurs, pour lever toute ambiguïté que "la valeur réévaluée de l'année N est obtenue par application à la valeur nette comptable de l'année N du taux de réévaluation depuis l'année de mise en service jusqu'à l'année N-1".

Prenons à nouveau l’exemple d’un investissement de 100 M€ d’une durée de vie de 30 ans. Si la Ville de Paris décide de remettre en cause le contrat de concession au bout de 10 ans elle devrait payer à ERDF la somme de 66,6 M€ (VNC) inflatée d’un facteur 1,0725 à la puissance 10, soit 134,2 M€ !

La « pénalité » serait donc de 67,6 M€ soit 34 fois plus élevée que celle d’un prêt immobilier (qui serait de 3%*66,6 M€=2,0 M€) alors même qu’il n’y a pas de risque d’arbitrage financier à couvrir.

Au total, la rentabilité des investissements (taux de rentabilité interne ou TRI) serait ainsi de 11,69%, nettement supérieure au coût du capital pris en compte par la CRE. La clause considérée, qui permet sans fondement d’obtenir (en cas de remise en cause du contrat de concession) une rentabilité nettement supérieure aux coûts et aux risques d’ERDF est donc indubitablement déséquilibrée.

Cette clause litigieuse, quand bien même elle ne serait pas jugée léonine, susciterait probablement des interrogations à Bruxelles.

mardi 1 décembre 2009

Problèmes à Tricastin & Gravelines : une affaire de Mox ?

Les unités nucléaires de Gravelines 1 et, par deux fois, de Tricastin 2 ont connu des problèmes à l'occasion des opérations d'arrêt pour rechargement. Des assemblages combustibles sont restés accrochés aux structures du réacteur.

A chaque fois, les arrêts ont du être prolongés du fait des interventions rendues nécessaires.

EDF se veut rassurant et indique en particulier que "dans l’hypothèse d’une chute de cet assemblage, les calculs réalisés par les experts d’EDF montrent que les conséquences radiologiques à l’extérieur du site seraient très faibles et inférieures aux valeurs réglementaires de 1mSv par an pour la population".

Cette indication est surprenante, car en principe "trois barrières" sont sensées protéger la population : la gaine métallique qui entoure directement le combustible, la cuve du réacteur (qui est en l'occurrence ouvert donc inopérante), et l'enceinte de confinement en béton. Pendant les opérations d'entretien et de maintenance, deux barrières sont normalement toujours opérationnelles.

En évoquant les conséquences d'une rupture de la "gaine métallique" sur la population "à l'extérieur du site", EDF suggère ainsi que non seulement le réacteur serait ouvert mais que l'enceinte de confinement en béton serait aussi ouverte. La "triple barrière" se réduirait ainsi, le temps des opérations de réparation, à la seule gaine combustible, si je comprends bien. Est-ce qu'un de mes lecteurs peut me confirmer que tel est bien le cas ?

Par ailleurs, EDF indique que les deux derniers incidents au moins concernent des "assemblages MOX". Ces assemblages (qui contiennent du plutonium) sont utilisés dans 22 tranches nucléaires d'EDF (certaines tranches du palier "900 MW"). Compte-tenu de la faible expérience sur les conditions de vieillissement de ces assemblages dans les réacteurs, on ne peut exclure que d'autres incidents se produisent sur d'autres tranches nucléaires (on notera d'ailleurs, que Tricastin qui a connu deux incidents d'assemblage, était la "tête de série" d'une nouvelle gestion du Mox dite "Parité Mox").


Vanité des blogueurs

Ce billet nombriliste ne concerne pas l'énergie.

Avec 3741 visiteurs uniques et 6528 pages vues le mois dernier, la fréquentation de mon blog atteint en Novembre un score honorable, quoique en retrait par rapport au mois d'Octobre (4 753 visiteurs uniques et 9034 pages lues). Il faut dire que j'ai parfois été en manque de temps et que j'ai donc diminué mon rythme de publication.

Un de mes lecteurs réguliers (qui déclare me lire en même temps que sa revue de presse) comprendra d'ailleurs pourquoi j'ai actuellement peu de temps à consacrer à mon blog. Je lui dédie la comptine "le roi, la reine et le petit prince".

Bonne nouvelle cependant, il semble que de nombreux lecteurs de la
CRE lisent mon blog, ce qui me fait honneur. J'ai d'ailleurs encore des tas de choses à dire sur l'évolution des prix de gros.

J'ai aussi des lecteurs réguliers en Espagne (dont un qui m'a contacté par mél), mais aussi en Allemagne (je serais fort heureux s'ils me contactaient, car la situation du marché allemand m'intéresse).

J'ai malheureusement un peu négligé mes relations dans la blogosphère, dont en particulier
Nicolas, l'Hérétique, Gaël ou Disparitus. Qu'ils soient salués ici.

J'ai enfin été backlinké par le blog d'internet chine, mais je ne comprends pas très bien pourquoi (je crois qu'il a repris la blogroll de Nicolas).

Ceci dit, je publie à 2:00 un billet sur l'énergie qui me semble intéressant.

lundi 30 novembre 2009

50 ans de la catastrophe de Fréjus

On commémorera ce mercredi le cinquantenaire de la catastrophe de Fréjus (Malpasset). Ce barrage situé dans la Var avait cédé quelques années après sa mise en service. Environ 400 personnes avaient péri dans la catastrophe.

De pareils désastres sont heureusement très rares, mais ils nous rappellent que les questions de sécurité ne concernent pas que le nucléaire : les barrages hydrauliques peuvent aussi occasionner des catastrophes spectaculaires, quoique localisées.

EDF a engagé depuis 2006 un programme de rénovation de ses ouvrages hydrauliques (SuperHydro). Il faut dire que des progrès étaient à faire, pour employer un langage technocratique. En 2008, le rapport de l'Inspecteur de la Sureté Hydraulique notait ainsi encore que "la culture sûreté est à renforcer" et que "le cadrage des affaires d’ingénierie avec un enjeu de maîtrise des risques sûreté (rupture d’ouvrage, crues, risques d’exploitation) est à renforcer".

Cependant, le rapport est en général positif sur les mesures prises par EDF et il faut évidemment distinguer vigilance et catastrophisme. On note cependant que le nombre d'accidents graves (ISH) est passé de 38 en 2007 à 46 en 2008. Même si ce nombre est faible, et qu'il se situe en retrait par rapport à 2005 (on dénombrait 59 incidents graves), la vigilance d'EDF ne doit pas baisser.

vendredi 27 novembre 2009

Prix du fioul domestique fin novembre


D'après les statistiques du ministère, le prix du fioul domestique est resté stable la semaine dernière. Il était en moyenne de 61,91 c€ TTC/l contre 62,38 c€ TTC/l il y a deux semaines.

Les prix des produits pétroliers sont cependant sur une tendance haussière depuis le début de l'année.

A noter : la taxe carbone qui sera applicable au fioul domestique à compter de janvier serait de 4,5 c€ par litre de fioul, soit environ 5,4 c€ TTC.

jeudi 26 novembre 2009

Point sur le suivi du contrat de service public


Juste un mot pour actualiser mon billet du mois dernier avec les dernières publications de prix de l'Insee. Est-il nécessaire de le commenter plus ?

mercredi 25 novembre 2009

Au revoir M. Gadonneix

A l'occasion du départ prévu ce jour de M. Gadonneix, je viens de lire un excellent article sur Mediapart, qui dresse un bilan quelque peu vitriolé des cinq années de mandature de M. Gadonneix à la tête d’EDF. Bilan qui se traduit par le fait que, pour la première fois depuis 25 ans, la France est devenue importatrice nette d’électricité.

Et l’article reprend le rapport de l'inspecteur général Pierre Wiroth qui, s'inquiétant de la baisse du taux de disponibilité des centrales depuis trois ans, passé de 82% à 77%, indiquait que «cet indicateur est le révélateur de certains types de dysfonctionnement (...). Il conduit à se réinterroger sur des questions de fond, qui touchent à la durée de vie des centrales, à la maîtrise du vieillissement des matériels, à notre politique d'investissement passée, à notre projet industriel pour demain et aux moyens financiers à y associer».

Des sous-investissements dans le métier de base dont l’article note perfidement qu’ils avaient pour effet de réduire la disponibilité, ce qui « finalement permettrait [à EDF] de garder des prix de gros élevés sur le marché de l'électricité français, donc de faire plus d'argent ».

Enfin, l’article rappelle que M. Gadonneix est connu pour avoir, en tant que président de Gaz de France, délibérément sous investi dans le remplacement de la fonte grise, avec les conséquences que l’on sait.

Mais M. Gadonneix n’a pas eu cette pingrerie quand il s’agissait de racheter British Energy ou Constellation. Et n’a pas non plus exprimé le même souci d’économiser les deniers des actionnaires quand «il a négocié âprement sa retraite et tous les petits à-côtés. Il aura bureau, secrétaire et chauffeur, payés, comme il se doit, par l'entreprise. Il a déjà commencé son déménagement au 151 du boulevard Haussmann, dans une des annexes du groupe. »

Au revoir donc, M. Gadonneix, et bonne chance à M. Proglio.

mardi 24 novembre 2009

Nouvelles d'Espagne


Le dernier rapport de la CRE sur les marchés de gros le montre très clairement : la France est devenue un des pays les plus chers en Europe. Il n'y a guère que l'Italie qui soit encore plus chère.

Le cas le plus frappant est l'Espagne qui est maintenant souvent moins chère que la France (voir graphique extrait du rapport de la CRE). Il faut dire que le fait que la demande d'électricité se soit écroulée en Espagne y contribue. Et la forte production éolienne en Espagne accroît ce phénomène.

Le 8 novembre dernier par exemple (un dimanche), la production éolienne couvrait environ 50% de la demande espagnole. Les prix en Espagne étaient de 20€/MWh, alors que les prix en France atteignaient 34 €/MWh, soit 50% de plus.

lundi 23 novembre 2009

Enquête de la CRE sur le pic de prix du 19 octobre

Après une interruption d'une semaine, je reprends le clavier pour discuter la dernière communication de la CRE sur le pic de prix du 19 octobre. Pour l'essentiel, la CRE confirme ce que j'indiquais dans mon billet : cette situation résulte à la fois de problèmes d'organisation du marché de gros Powernext et d'une situation tendue sur l'équilibre offre-demande.

Le communiqué indique aussi que suite à "un problème informatique", EDF n'a pas pu faire connaître dès samedi, via le site de l'UFE, que la disponibilité de son parc se dégradait (le pic de prix a eu lieu lundi 19 mais résultait des offres faites par les intervenants sur le marchés jusqu'à la date de dimanche). Il semble EDF ait en effet anticipé ces difficultés puisqu'elle a pris "dès le vendredi, puis le dimanche matin [..] des décisions opérationnelles [qui intégraient] l'information qui était disponible [publiquement] mais également sur la base de la vision interne relative à la disponibilité et aux arrêts fortuits affectant le parc de production".

Bref, EDF semblait savoir que la situation serait tendue mais se serait gardée de le faire savoir, laissant ses concurrents imprudents et mal informés face à un risque de devoir payer des prix astronomiques.

Fait troublant, la CRE ne déclare pas avoir enquêté sur les stratégies d'offres des différents acteurs sur le marché. Il apparaît en effet que, au moment de la fixation des prix soit le dimanche matin, la demande prévisionnelle était de 68,9 GW pour une disponibilité prévisionnelle de 73,7 GW. Le système était certes tendu mais, même compte-tenu d'une réserve "RTE" de 3,7 GW, les capacités de production excédaient la demande à hauteur de 1,1 GW. Il est quand même surprenant que ces capacités excédentaires n'aient pas été mises sur le marché, qui était au contraire sous alimenté par les producteurs, occasionnant le pic de prix du 19 octobre.



vendredi 13 novembre 2009

La mauvaise disponibilité du parc nucléaire coûterait 1 milliard d'euros à EDF

Les mauvaises performances du parc nucléaire d'EDF que j'ai déjà évoquées (par exemple : ici) coûteraient 1 milliards d'euros d'après les dernières déclarations de M. Camus (Directeur Général Délégué Finances).

Encore ce chiffre ne porte-t-il apparemment que sur l'exercice 2009. Au vu des performances du parc, il est à craindre que ces pertes se prolongent sur le début 2010, EDF étant obligée d'acheter sur les marchés de gros et notamment à l'étranger l'électricité nécessaire pour fournir les clients français (voir ici).

EDF, qui vient de dépenser 20 milliards dans des acquisitions à l'étranger, semble avoir du mal à assurer la bonne performance du parc national.

mercredi 11 novembre 2009

Coupure d'électricité au Brésil

Une coupure d'électricité géante au Brésil a privé d'électricité les habitants de grandes villes telles que Rio et de Sao Paulo pendant plusieurs heures.

Il semble que des incidents sur les lignes à très haute tension qui évacuent la production du barrage d'Itaipu (un monstre d'une puissance de 14 000 MW soit 14 tranches nucléaires, dont la production est partagée entre le Brésil et le Paraguay) soient à l'origine de la coupure.

Cet incident a évidemment totalement perturbé la vie locale (trains et métros arrêtés en pleine voie, plus d'éclairage en ville alors que l'incident est arrivé vers 22h00 heure locale, pannes locales de téléphone...).

Prix du fioul domestique au 6 novembre


D'après les statistiques du ministère, le prix du fioul domestique est resté stable la semaine dernière. Il était en moyenne de 62,56 c€ TTC/l contre62,38 c€ TTC/l la semaine de précédente.

Les prix des produits pétroliers sont cependant sur une tendance haussière depuis le début de l'année.

A noter : la taxe carbone qui sera applicable au fioul domestique à compter de janvier serait de 4,5 c€ par litre de fioul, soit environ 5,4 c€ TTC.

lundi 9 novembre 2009

Eole ou Pluton : suite

S'il est un point sur lequel pro-nucléaires et anti-nucléaires sont à peu près à égalité c'est bien l'art de manipuler les chiffres. Dans un récent billet éponyme j'évoquais le rapport commandité en 2003 par Greenpeace intitulé "Eole ou Pluton" (je crois qu'il y avait une version antérieure, vers 2001, mais je n'en ai pas retrouvé trace sur le web).

Dans ce rapport, Greenpeace estimait le coût de l'éolien à 42,6 €/MWh (pour un taux d'actualisation de 8%) et le coût du nucléaire à 64,9 €/MWh.

A la même époque, mais avec des hypothèses équivalentes, le gouvernement estimait dans ses coûts de référence le coût du nucléaire à 28,4 €/MWh et le coût de l'éolien à 51,5 €/MWh.

En gros, selon Greenpeace, le nucléaire était 50% plus cher que l'éolien, et selon le gouvernement (et EDF, qui était en gros d'accord) l'éolien coûtait 80% plus cher que le nucléaire.

Mais le deux ont fait des efforts l'un vers l'autre. Car une fois qu'ils ont respectivement convaincu les gouvernements d'aider l'éolien d'une part et de relancer le nucléaire d'autre part, chacun a su expliquer que sa filière préférée n'était pas si peu chère que cela.

C'est ainsi que les écologistes ont su convaincre le gouvernement qu'il fallait imposer à EDF d'acheter l'énergie éolienne à plus de 80 €/MWh (soit deux fois plus que le coût estimé par Greenpeace en 2003) et qu'EDF déclare maintenant que le coût de l'EPR (qui devrait, selon elle, servir de référence aux tarifs réglementés de vente) serait compris entre 54 et 60 €/MWh (soit deux fois plus que le coût estimé par le Gouvernement en 2003).

En attendant, c'est le client final qui paie pour financer tout cela.

vendredi 6 novembre 2009

Eole ou Pluton

De ce titre qui sentait bon le latiniste nostalgique, Greenpeace avait intitulé il y a environ dix ans un rapport censé montrer les avantages indéniables de la production éolienne par rapport à la production nucléaire.

Les évènements récents semblent donner quatre fois raison à Greenpeace qui exulte sur toutes les ondes radio :
- l'EPR est en carafe, l'Autorité de Sureté Nucléaire ayant conclut que "compte-tenu de l'ampleur et de la complexité des démonstrations restant à fournir pour justifier le respect de ces principes, l'ASN estime que la certitude d'aboutir in fine à une démonstration de sûreté acceptable fondée sur l'architecture actuellement prévue n'est pas acquise", il est donc fort à craindre que l'EPR prenne un retard important ;
- la disponibilité du parc en exploitation est très mauvaise et les prix de gros en France explosent ;
- pendant ce temps, les prix en Allemagne restent nettement plus bas qu'en France au point que, du fait de la production éolienne, les prix sont parfois négatifs ;
- et en Espagne, la production éolienne atteint aussi des sommets, sans que cela ne mette en péril le réseau.

Quant à moi, qui ne suis pas opposé au nucléaire que je considère comme un moindre mal nécessaire, je ne peux que trouver la situation inquiétante : à force de décrier l'éolien, de ne pas investir suffisamment dans les hommes et les moyens du nucléaire, on se retrouve dans une situation grave où l'on peut donner l'impression que l'éolien est une alternative au nucléaire alors que ces deux moyens devraient plutôt être complémentaires.


jeudi 5 novembre 2009

Prix du fioul domestique au 30 octobre


D'après les statistiques du ministère, le prix du fioul domestique est resté stable la semaine dernière. Il était en moyenne de 62,38 c€ TTC/l contre 62,53 c€ TTC/l la semaine de précédente.

Les prix des produits pétroliers sont cependant sur une tendance haussière depuis le début de l'année.

Quant aux prix du gaz naturel, ils n'ont pas été modifiés au 1er novembre alors que la "formule d'indexation" aurait du conduire à une baisse de l'ordre de 4%.

A noter : la taxe carbone qui sera applicable au fioul domestique à compter de janvier serait de 4,5 c€ par litre de fioul, soit environ 5,4 c€ TTC.

Hier, l'éolien a fourni jusqu'à 44% de la demande... en Espagne

Une faible demande et des conditions climatiques favorables, et l'éolien atteint des records en Espagne : 44% de la demande la nuit dernière (et au minimum 26% dans la journée).

Traditionnellement, on disait que les "réseaux" ne pourraient pas tenir avec une telle proportion de production aléatoire... Question à creuser.

mercredi 4 novembre 2009

Problèmes sur l'EPR


Par un communiqué conjoint, les autorités de sûreté nucléaire française, britanniques et finlandaises ont demandé aux futurs exploitants de l'EPR "d'améliorer la conception initiale de l'EPR".

Ce communiqué au caractère exceptionnel (je n'ai pas souvenir d'une telle déclaration commune de plusieurs autorités) est au moins rassurant sur un point : il confirme l'indépendance réelle de l'autorité de sûreté nucléaire française. Il serait sans doute désirable que cette indépendance soit mieux sacralisée par la Loi, mais l'indépendance réelle est évidemment plus importante que le symbole législatif.

Ce communiqué est cependant inquiétant car il met en cause le "contrôle commande" de l'EPR, qui en est en quelque sorte le système nerveux et le cerveau. Par le passé, des problèmes de contrôle commande ont occasionné des surcoûts et des retards considérables (de l'ordre de 5 ans) sur certaines centrales nucléaires (le palier "N4" : Chooz et Civaux).

Sachant que l'EPR coûte 4 milliards d'€ (d'après les dernières estimations), un retard de 5 ans coûterait environ 2 milliards d'€...

Mais rassurons nous : un responsable d'Areva déclarait ce matin que tout cela était normal et EDF affirme que la construction de Flamanville 3 ne prendra pas de retard.





mardi 3 novembre 2009

Des coupures de courant cet hiver ?


Voilà, c'est juste la semaine où le temps me manque cruellement pour bloguer que sortent des informations intéressantes. Un article du Figaro fait état de risques de coupures de courant pour cet hiver (merci pour l'info, Disparitus, même si je t'en veux un peu de ne pas m'avoir décerné d'unhumanio d'Or !).

Je ne suis pas Madame Soleil (tiens, il faudra qu'on reparle des taches solaires, car il semble que Soleil soit sur la voie de la reprise, lui aussi) et beaucoup dépendra de la météo de cet hiver.

Cependant, certains ingrédients semblent réunis pour des risques de coupure : la très mauvaise disponibilité attendue du nucléaire (avec des durées d'arrêt qui augmentent très fortement, et pas seulement à cause des visites décennales), de moindres capacités d'effacement à la pointe (en partie du fait des choix tarifaires d'EDF), un chauffage électrique qui reprend, et de faibles stocks hydrauliques (voir graphique).

Personnellement, je conseille donc d'acheter des bougies, on ne sait jamais...



vendredi 30 octobre 2009

Henri Proglio contre la réforme du marché

Lors de son audition par la Commission des Affaires Economiques de l'Assemblée Nationale, M. Proglio, futur Président d'EDF, s'est opposé à la réforme en cours du marché de l'électricité. Il es'st en particulier montré hostile à la mise en œuvre du rapport Champsaur qui imposerait selon lui la vente "à prix coûtant" de l'énergie nucléaire à ses concurrents.

Cette déclaration est quand même surprenante quand on sait que le projet de loi "NOME", projet qui émane du gouvernement, prévoit de mettre en œuvre le rapport Champsaur. Le chef de l'Etat nomme donc à la tête d'EDF un industriel qui s'oppose frontalement aux projets du gouvernement. Ce n'est pas banal.

Certes, M. Proglio vient du secteur de la distribution d'eau où l'on n'est pas prêts à céder ses biens aux concurrents. Cette déclaration me semble cependant inquiétante pour EDF car elle me semble relever d'une erreur d'appréciation de la part de M. Proglio.

La réalité en effet est qu'EDF se doit de faire des choix et ne peut à la fois garder le quasi monopole de la production, de la fourniture, les réseaux (ERDF, RTE), se développer à l'étranger en rachetant des opérateurs dans les marchés libéralisés, et se libérer de toute contrainte de régulation en France (en demandant la libéralisation totale du marché).

Le rapport Champsaur, tout imparfait qu'il était, prônait une solution qui garantissait à la fois le maintien d'un parc nucléaire intégré, de tarifs réglementés finaux (tout du moins pour les clients résidentiels) reflétant l'avantage compétitif du nucléaire, et le développement d'une concurrence à la fois sur les marchés de détail et sur les moyens de production nouveaux (qu'ils soient nucléaires ou "classiques"). Ce n'était pas si mal car, faute de cela, c'est l'ensemble du système qui risquait d'exploser (et aboutir à la disparition à terme des tarifs réglementés), explosion qu'EDF appelait d'ailleurs ce ses vœux. Le rapport Champsaur sauvait donc l'essentiel.

On comprend évidemment qu'EDF ne veuille pas brader "son" nucléaire (l'adjectif possessif "son" étant d'ailleurs impropre, car le nucléaire d'EDF est un choix de politique nationale et étatique et on ne voit pas très bien pourquoi un client de Poweo ne pourrait pas bénéficier des avantages du nucléaire au même titre qu'un client d'EDF : après tout, il court les mêmes risques qu'un client d'EDF en cas, heureusement fort peu probable, d'incident sur le parc nucléaire d'EDF).

En tout état de cause, résumer le débat à cela (en parlant de "prix coûtant") revient à caricaturer le débat : le rapport Champsaur ne prône pas le "prix coûtant". France Télécom en son temps avait été plus habile qui avait négocié que ses concurrents accèdent à ses réseaux à des niveaux de prix couvrant très généreusement les coûts historiques (et avait en particulier négocié une hausse de 23% de l'abonnement). Le Président de l'autorité de régulation des télécoms s'appelait alors... Paul Champsaur.

Il y a donc fort à parier que M. Proglio reviendra tôt ou tard sur ses positions. Espérons que ce délai ne causera pas préjudice à EDF, car les autorités Bruxelloises, qui avaient accepté avec réticence le compromis "Champsaur" seront évidemment très vigilantes sur l'ouverture du marché français.

jeudi 29 octobre 2009

50% de la production électrique à partir de renouvelables

Vendredi dernier, 23 octobre, l'Espagne a réalisé un record : ce jour là 50% de la demande nationale était fournie par des sources "nouvelles et renouvelables" (hydraulique, éolien mais aussi cogénération, cette dernière source n'étant pas "renouvelable").

Ce phénomène résulte de la baisse très nette de la demande suite à la crise économique (qui frappe très fortement nos voisins espagnols) et d'une production hydraulique et éolienne élevée.

L'Espagne a très fortement développé l'énergie éolienne sur les dix dernières années. Avec 16 500 MW installés fin 2008 elle se place au troisième rang mondial (derrière les USA et l'Allemagne) et au deuxième rang européen. Avec 3 400 MW la France est classée au 7ème rang mondial (voir ici).

Dans des pays comme l'Allemagne ou l'Espagne, l'éolien peut ainsi occasionner des variations très fortes de l'équilibre offre demande selon la situation météorologique. En Allemagne les "prix négatifs" constatés au début du mois s'expliquent ainsi en particulier par une production éolienne élevée.

Prix du fioul au 23 octobre


D'après les statistiques du ministère, le prix du fioul domestique a augmenté de 3,7% la semaine dernière. Il était en moyenne de 62,53 c€ TTC/l contre 60,29 c€ TTC/l la semaine de précédente.

En deux semaines, les prix du fioul ont augmenté de 8,1%.

A noter : la taxe carbone qui sera applicable au fioul domestique à compter de janvier serait de 4,5 c€ par litre de fioul, soit environ 5,4 c€ TTC.

mercredi 28 octobre 2009

L'exemple suédois


Les suédois, sous couvert d'afficher un moratoire sur la construction des centrales nucléaires (moratoire abandonné en début de cette année) avaient en fait une politique d'augmentation de la puissance des centrales nucléaires existantes.

C'est ainsi que la puissance de la centrale (tranche) de Ringhals 3 a augmenté de 70 MW soit 8% depuis 2000 (voir graphique).

En France, EDF n'a jamais voulu augmenter la puissance des centrales nucléaires. Et pourtant, une augmentation réaliste de l'ordre de 5% de la puissance des centrales existantes permettrait d'augmenter la capacité de production d'environ 3 000 MW soit l'équivalent de deux EPR !

Il est certes plus prestigieux de construire de nouvelles centrales. C'était apparemment le point de vue de M. Gadonneix. Mais peut-être que M. Proglio aura d'autres idées sur ce sujet.

mardi 27 octobre 2009

De jungle en maquis ou comment décrire les tarifs d'EDF

En septembre dernier, Mme Lagarde décrivait les tarifs d'EDF comme une "jungle" (le mot avait été popularisé peu avant par M. Besson au sujet du campement des sans papiers à Calais).

Filant la métaphore biogéographique, M. Christian Babusiaux, a dénoncé aujourd'hui, aux Assises de la consommation le "maquis des tarifs".

Il est quand même curieux qu'un haut fonctionnaire, jadis en charge de valider les tarifs d'EDF, et qu'une ministre, qui a validé le 13 août dernier un arrêté tarifaire reprenant l'intégralité des tarifs d'EDF, puissent avouer avec une telle candeur leur incompréhension totale des tarifs.

Le mot d'ordre en la matière semble être de rejeter la responsabilité totale des problèmes sur EDF, c'est quand même un peu exagéré mais c'est d'autant plus tentant que M. Gadonneix est de toute façon sur le départ.

Ces Assises ont quand même accouché d'une frêle souris : M. Novelli (ministre de la Consommation) a annoncé la création d'un "comparateur des prix" des fournisseurs d'énergie.

Il serait peut-être bon de lui indiquer l'adresse de la "calculette EDF" qui permet de comprendre pourquoi on paie.

samedi 24 octobre 2009

Borloo pas clair



J'ai écouté la très pertinente intervention de M. Roland Courteau, sénateur socialiste de l'Aude sur les tarifs EDF : j'ai cru un moment qu'il lisait mon blog.... Le fait que M. Courteau soit aussi Co-Président de l' A.N.E.V. (Association Nationale des Elus de la Vigne et du Vin) ne peut que me le rendre encore plus sympathique.

La réponse de M. Borloo est en revanche un gloubi-boulga incompréhensible assaisonné de cette phrase mémorable (je cite le compte-rendu analytique, la phrase réelle est encore plus embrouillée : écouter la vidéo à partir de 4:02) "les prix ont suivi, à une pointe près qui correspond à une journée sur les bourses européennes, les tarifs régulés, directement liés au coût de l'exploitation, de l'entretien et du transport".

Zéro pointé, si je puis dire : les tarifs n'ont aucun lien avec les prix sur les bourses, que ce soit au moment des pointes (ou de l'extrême pointe) ou aux autres moments. Disons simplement que M. Borloo n'avait pas été bien conseillé dans sa réponse.

vendredi 23 octobre 2009

Y'a le feu à l'UFE

Dans un article de ce jour, le journal les Echos annonçait que l'UFE serait convenu d'une position conciliant "la valeur patrimoniale d'EDF, l'ouverture à la concurrence et l'intérêt des consommateurs". On savait que l'UFE travaillait sur ce thème depuis un autre article des Echos qui n'avait à l'époque suscité aucun commentaire ni de la part de l'UFE, ni de la part d'EDF.

Chacun attendait donc "de pied ferme" ce consensus, pour ne pas dire cette "entente", autour de la mise en place du rapport Champsaur.

Mais patatras, l'article des Echos indiquait aussi un chiffre qui fâche tout rouge le futur feu président d'EDF (M. Gadonneix) : le prix de départ de l'accès réglementé au nucléaire devrait être de 34 €/MWh.

Ce chiffre est pourtant incontournable si on veut permettre aux concurrents d'EDF de faire concurrence à EDF (que ce dispositif soit souhaitable est une autre histoire, qui mériterait plus qu'un simple billet), mais voilà, on n'y peut rien, ce chiffre rend M. Gadonneix furax. Chacun son truc : moi c'est le prix d'achat de British Energy qui me rend furax.

On connaît l'indépendance légendaire de l'UFE vis-à-vis d'EDF, indépendance que j'ai déjà eu l'occasion de commenter (voir ce billet). C'est donc avec une grande surprise que j'apprends que suite à ces évènements malencontreux, l'UFE a publié un démenti formel : non, promis, juré, craché, l'UFE n'aurait jamais défini un niveau de prix souhaitable. Ce sujet serait d'ailleurs hors des compétences de l'UFE.

Bon, on peut critiquer l'UFE, mais elle nous donne ici une bonne occasion de rigoler.

jeudi 22 octobre 2009

Différentiel de prix entre la France et l'Allemagne


Sur les marchés de gros de l'électricité, les prix sont depuis 2005 globalement plus élevés en France qu'en Allemagne.

La crise récente sur les marchés spots n'a fait qu'exacerber cette tendance.

En effet, des prix de 3000 €/MWh supérieurs aux prix allemands pendant 4 heures ont un effet "annualisé" de l'ordre de 1,5 €/MWh (soit 3000*4/8760). En conséquence, des variations aussi brutales des marchés spots (pour une livraison horaire) peuvent influencer le différentiel de prix sur les marchés à terme (pour une livraison sur une année complète).

C'est effectivement ce que l'on constate : le différentiel de prix à terme entre la France et l'Allemagne ("spread") a augmenté de 1,8 €/MWh depuis la fin de la semaine dernière pour atteindre 5,69 €/MWh.

Aux dernières cotations sur le marché EEX, les prix en France pour une livraison en 2010 sont ainsi de 55,15 €/MWh contre 49,46 €/MWh pour de l'électricité livrée en l'Allemagne.

Sur les marchés de gros, la France, avec 80% de production nucléaire, est donc maintenant 11% plus chère que l'Allemagne, avec 80% de production non nucléaire. EDF n'ayant pas réussi a supprimer la réglementation des prix, cette situation sur les marchés de gros n'affecte cependant que très peu de clients finaux en France.

mercredi 21 octobre 2009

Prix du fioul au 16 octobre


D'après les statistiques du ministère, le prix du fioul domestique a augmenté de 4,2% la semaine dernière. Il était en moyenne de 60,29 c€ TTC/l contre 57,84 c€ TTC/l la semaine de précédente.

Cette hausse résulte essentiellement de la hausse des prix du pétrole, le brent gagnant +7.4% en $ et +6,4% en € sur la même période.

Le prix continue d'être relativement bas par rapport au sous-jacent pétrolier.

A noter : la taxe carbone qui sera applicable au fioul domestique à compter de janvier serait de 4,5 c€ par litre de fioul, soit environ 5,4 c€ TTC.

Explosion des prix sur le marchés spots -suite-

Dans mon billet d'hier, j'évoquais la flambée spectaculaire des prix spots de l'électricité à 3000 €/MWh (sachant qu'un client au tarif paie environ 35 €/MWh au titre de la production). J'ai pu me renseigner plus avant sur ce phénomène.

En premier lieu, pour la première foi de son histoire (soit depuis 2001), Powernext n'a pas pu réaliser l'équilibre de l'offre et de la demande sur le marché spot : le prix de 3000 €/MWh ne résulte donc pas d'un mécanisme de marché mais correspond au prix maximal retenu en ce cas par Powernext. Ce prix est donc totalement arbitraire, ce qui est un peu troublant quand on mesure les conséquences de ce choix pour les différents intervenants sur les marchés (les transferts entre acteurs se mesurant en dizaines de millions d'euros pour quelques heures).

En second lieu, du fait apparemment d'interventions (de "nominations") tardives de la part des opérateurs suisses, il semble que Powernext n'ait pas pu faire une "request for quotes" ("RFQ") qui aurait permis de solliciter à nouveau les producteurs (et les fournisseurs) pour chercher à équilibrer le marché. Lors d'une investigation sur les pics de prix à l'automne 2007, la gestion de la RFQ avait déjà été jugée insatisfaisante par la CRE, ici la RFQ était tout bonnement absente.

En troisième lieu, cette situation ne s'explique pas complètement par les fondamentaux du marché puisque de la capacité était disponible en France pour satisfaire la demande (compte-tenu des capacités d'importations disponibles).

Ainsi, sur le quatre heures critiques :
  • la production nucléaire était de 42,2 GW alors que 44,0 GW étaient déclarés disponibles ;
  • la production fioul était de 0,9 GW alors que 3,9 GW étaient déclarés disponibles ;
  • la production hydraulique était de 8,9 GW alors que 11,0 GW d'hydraulique de lac et 8,6 GW d'hydraulique "fil et éclusée" (il est vrai pas nécessairement mobilisables) étaient déclarés disponibles.

Ainsi cette affaire s'explique sans doute par la concomitance d'évènements malencontreux :
  • une période tendue du fait de la mauvaise disponibilité du nucléaire, période froide alors que les capacités contractuelles d'effacement sont réduites (la plupart commencent au 1er novembre), absence de la production en cogénération etc ;
  • une mauvaise coordination des marchés européens et des procédures trop serrées pour permettre de corriger cette situation (pas de RFQ en particulier) ;
  • et puis l'affaire est arrivée un lundi, ce qui veut dire que les équipes de permanence à même de traiter ce problème (le dimanche) étaient réduites.
On ne peut cependant exclure que le comportement "stratégique" de certains acteurs ait contribué à cette crise. Des producteurs et des traders ont pu ainsi garder par devers eux des capacités dans l'espérance de pouvoir les écouler à meilleur prix sur les marchés d'ajustement ou à l'occasion d'un éventuel RFQ.

Seule l'enquête approfondie que la CRE mènera probablement (avec l'appui d'autres entités de régulation) pourra nous permettre de trancher ces questions.

mardi 20 octobre 2009

Prix de gros en France : un sursaut à 3000 €

Hier, les prix de marché de gros de l'électricité livrée en France ont atteint des sommets : ils étaient de 3000 €/MWh entre 9h00 et midi. Ce niveau n'avait jamais été atteint depuis la création de la bourse de l'électricité en France (c'est à dire depuis novembre 2001). Le précédent "record" datait de 2007, les prix spot avaient alors atteint 2500 €/MWh.

Ce record d'hier est aussi remarquable par sa durée puisque les prix ont atteint le niveau de 3000 €/MWh pendant 4 heures consécutives (le record de 2007 ne portait que sur une seule heure).

Dans le même temps, les prix en Allemagne restaient relativement bas et se situaient entre 80 et 90 €/MWh.

On a du mal à comprendre pourquoi les prix en France, où le nucléaire est normalement très prépondérant, sont plus élevés qu'en Allemagne, pays dominé par la production à base de charbon. Un des éléments de réponse tient en la mauvaise disponibilité actuelle des centrales nucléaires françaises. J'essaierai d'investiguer cette question plus profondément dans les jours qui viennent.

lundi 19 octobre 2009

Peut-on avoir confiance en l'Etat ? L'exemple du contrat de service public EDF - Etat.


Parfois, l'Etat aime mettre en scène avec pompe et solennité la signature de textes fondateurs. Il prend alors à témoin les citoyens envers qui nos gouvernants s'engagent, à grand renfort de mots ronflants.

Toute proportion gardée, la signature du Contrat de Service Public entre l'Etat et EDF le 24 octobre 2005 relevait de cette catégorie. Il n'était question alors que de s'engager à la modération tarifaire.

"A l’heure où les prix de l’énergie augmentent en raison de la hausse des cours du pétrole, la structure de production d’EDF permet de limiter les hausses des tarifs. Le contrat de service public prévoit ainsi que l’évolution des tarifs aux particuliers ne sera pas supérieure à l’inflation pendant au moins cinq ans." rappelait le premier ministre d'alors (M. de Villepin).

Et le président d'EDF ne lésinait pas plus sur les mots qui parlait de "lien fort entre la nation et l'entreprise EDF" pour souligner des "engagements renforcés" qui visaient en particulier l'évolution des tarifs.

Quatre ans après avoir signé cet engagement, EDF et l'Etat sont convenus de hausses tarifaires supérieures à l'inflation au point que les prix de l'électricité ont augmenté plus vite que les prix à la consommation (voir graphique).

Les promesses de l'Etat n'engagent en somme que ceux qui les croient.